Agriculture 4.0 : quel futur pour les agriculteurs français ?

© MaxPixel

Alors que l’édition 2022 du salon de l’agriculture s’apprête à recevoir 500 000 visiteurs, plus nombreux que les agriculteurs en France (404 000 chefs d’exploitation en 2020), de multiples déclarations ont rappelé que l’agriculture française doit relever le défi de la compétitivité dans un contexte difficile où la concurrence mondiale fait rage dans contexte géopolitique instable.

Le nombre d’exploitations ne cesse de baisser et l’augmentation de leur surface moyenne ne suffit pas à générer des économies d’échelle pour assurer un revenu décent à des agriculteurs qui travaillent 7 jours sur 7 notamment dans le secteur de l’élevage.

Le modèle actuel semble se diriger dans une impasse, sur fond de guerre des prix dans un marché mondial dérégulé et de fortes tensions sur les coûts des intrants. Les agriculteurs, chefs d’entreprises souvent solitaires, ont aussi des relations difficiles avec leurs clients directs (les coopératives ou les centrales d’achat de la grande distribution) ou indirects : le consommateur lambda qui achète très (trop) couramment un prix plutôt qu’un produit alimentaire alors que dans le même temps il s’émeut de pratiques de production intensives qui dégradent l’environnement ou/et dénaturent les paysages.

L’agriculture ne peut s’affranchir des progrès technologiques qui ont fait leur preuve ailleurs d’autant que de nombreuses innovantes commencent à profiter à ce secteur :

  • des drones, robots, GPS, connectés et/ou gérés par des applications permettent d’améliorer la productivité, optimiser l’irrigation et réduire l’usage des pesticides et des fertilisants pour les cultures végétales.
  • des nouveaux systèmes connectés permettent aussi d’aller chercher des informations au plus près de l’animal et la robotique s’installe dans les stabulations, porcheries et autres poulaillers, avec de nouveaux outils précis et fiables qui allègent le travail des éleveurs.
  • des ressources nouvelles pour l’alimentation animale, en particulier les insectes.
  • des méthodes à faible empreinte carbone.
  • des solutions originales pour le maraichage en circuit court, l’aquaculture, l’agroforesterie.

Le « smart-farming» se développe. 

Pour son édition de 2022 le salon de l’agriculture a réservé un hall entier à l’agriculture 4.0 où sont 60 entreprises exposent des produits ou /et proposent des services prometteurs notamment dans les domaines suivants: Aquaculture (Agriloops, Poiscaille), Biotech (aGRiODOR, Axioma, Mycophyto, Nextalim, Ynsect), Deeptech (AleIA, IoF, OKP4), Climat (Ombrea), Carbone (MyEasyFarm, Rize) – Data (Dawex), Robotique (Agreenculture, Sitia, Vitibot), – Service aux agriculteurs (Agdatahub, Bioline, Delivagri, Gamabilis, Scanopy), Filière bois/Agroforesterie (Yphen, La Wood Tech).

Si le smart-farming ne révolutionnera pas la réalité professionnelle et économique de l’agriculteur, il lui permettra avant tout d’optimiser ses actions grâce à des machines plus performantes, des intrants plus efficace et plus respectueux de l’environnement,avec des capteurs plus précis ou de nouveaux outils d’aide à la décision, et de justifier la pertinence de ses choix techniques chiffres à l’appui pour répondre à la demande des consommateurs exigeants en termes de transparence.

Bien utilisées ces technologies nouvelles contribuent aussi à la préservation de l’environnement et à la réduction de l’empreinte carbone du secteur : smart-farming et agroécologie ne sont pas incompatibles !

Dans ce domaine de l’Agritech où la créativité, la recherche et l’innovation sont au rendez vous et se déclinent en créations d’entreprises innovantes : l’offre de solutions nouvelles et pertinentes ne manque pas. La demande suivra-t-elle? Ce n’est pas certain car la formation des futurs agriculteurs et surtout des exploitants en exercice reste en retrait, comparée à celle des ingénieurs, et de nombreux chefs d’exploitation ne se sont pas encore appropriés toutes les évolutions technologiques

-parce que leur pouvoir de décision leur semble accaparé par des machines, ou par l’interprétation des données qu’elles fournissent,

-parce que leur connaissance du vivant pourrait être remise en cause par des algorithmes,

-parce qu’ils ignorent comment seront partagées et valorisées des informations récoltées sur leur exploitation,

-parce que certains doutent de leur maîtrise de ces nouveaux outils.

On ne peut blâmer le chef d’entreprise-paysan de se référer à ses valeurs dans un modèle d’exploitation souvent fondé sur la famille. Mais là, le bât blesse car la relève n’est plus au rendez-vous : alors que l’âge moyen des chefs d’exploitation ne cesse de progresser pour atteindre 52 ans (11 ans de plus que l’âge moyen des actifs français) et il y a moins 10 % des agriculteurs qui sont âgés de moins de 35 ans.

Les Chambres d’Agriculture ont engagé l’année dernière un plan d’action pour  » 1/ adapter la formation aux nouveaux enjeux de l’agriculture et à toutes les catégories d’agriculteurs 2/ diffuser les résultats de l’innovation, de la recherche et de l’innovation et favoriser leur appropriation et leur application sur le terrain ». Il ne serait pas inutile d’accompagner cet engagement de plans de formation volontaristes à destination des professionnels en activité et de déployer une information des citoyens réaliste et factuelle au sujet de l’agriculture d’aujourd’hui dans le cadre d’une politique pragmatique et volontariste tant au niveau national qu’au niveau européen.

Cet article est une mise à jour de l’article que j’ai publié le 8 mars 2018 sous le titre « le smart-farming sera_t-il le future des agriculteurs? »

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