
Le MIT* Media Lab vient de publier la version revue par les pairs de l’étude du intitulée « Votre cerveau face à ChatGPT : Accumulation de dette cognitive lors de l’utilisation d’un assistant IA pour la rédaction d’un essai » *MIT : Massachuts Institute of Technology
Cet article de 206 pages expose comment l’intelligence artificielle impacte notre façon de faire et notre façon de penser. Là c’est un effet négatif qui est constaté.
Ces observations scientifiques interpellent car, porté par un marketing autant tapageur qu’assidu, ChatGPT compte près d’1 milliard d’utilisateurs dans le monde et que, au delà que son utilisation majoritairement récréative, il est aussi employé pour éduquer, travailler, diriger etc.
Que nous montre l’étude
Pour clarifier le propos, il n’est pas inutile d’en rappeler sa méthodologie avant d’exposer ses résultats
Méthodologie
L étude a été menée sur un groupe de 54 volontaires âgées de 18 à 39 ans, à qui il a été demandé de rédiger des dissertations du niveau d’un examen d’entrée à l’université aux États-Unis.
Les participants ont été répartis en trois groupes. Le groupe « Search Engine » utilisaIt le moteur de recherche Google, le groupe « LLM*» utilisaient ChatGPT-4o et le groupe «Brain only » n’avait recours à aucun outil numérique. *Large Language Model
Tous les participants ont participé à trois sessions d’examen réalisées sur quatre mois et 18 des 54 volontaires sont venus à une quatrième session croisée, où l’objectif était d’analyser les modifications de l’activité cérébrale : de ceux travaillant avec un LLM à ceux travaillant sans assistance numérique, et inversement. Dans l’étude, ces groupes sont appelés « LLM>Brain-only » et « Brain-only>LLM »
Les participants étaient équipés de capteurs permettant d’enregistrer leur activité cérébrale avec un électro-encéphalogramme (EEG) afin de mesurer l’activité cérébrale et de localiser quelle région du cerveau était utilisée et à quelle fréquence.
Ces enregistrements ont été complétés par une analyse de traitement automatique du langage naturel des dissertations et des entretiens avec chaque participant après chaque session.
Les effets sur le comportement résultant de l’usage d’un moteur de recherche ou d’un LLM, comme la capacité à se remémorer son travail, ont aussi été examinés.
Résultats
Les trois premières sessions ont permis d’identifier les différences dans l’activité du cerveau en termes d’activité cognitive, du type d’effort mobilisé — en comparant les zones du cerveau les plus actives
L’analyse des EEG des participants aux trois premières sessions démontre que les groupes « LLM », « Search Engine » et «Brain only » présentaient des profils de connectivité neuronale significativement différents, témoignant de stratégies cognitives divergentes.
La connectivité cérébrale diminuait systématiquement avec le niveau de soutien externe : le groupe «Brain only » présentait les réseaux les plus forts et les plus étendus, le groupe « Search Engine » montrait une activité inférieure d’environ 34 à 48 % et le groupe « LLM » avait le couplage global le plus réduit (-55%).
Sur le plan du comportement c’est dans la capacité à reconnaître la paternité de son travail que les différences sont les plus flagrantes ; Ainsi, 83 % Des utilisateurs de ChatGPT ont déclaré avoir avoir des difficultés à se remémorer le texte rédigé quelques minutes auparavant.
Dit autrement, plus il y avait de soutien externe, moins l’activité cérébrale était sollicitée. Précisément : l’assistance réduit l’activité neuronale. Ce sont les participants ayant rédigé sans aucune assistance qui mobilisent les réseaux cérébraux les plus étendus et les plus robustes. Les personnes ayant utilisé ChatGPT ont produit des textes similaires entre eux, sans aucune originalité.
Lors de la quatrième session les participants du groupe « LLM>Brain-only » présentaient une connectivité neuronale faible et peinent à recréer une activité cérébrale aussi riche que celle les participants du groupe « Brain-only>LLM ».
Ces derniers ont présenté une meilleure mémorisation et une réactivation de vastes zones occipito-pariétales et préfrontales, supportant le traitement visuel, similaire à celui fréquemment observé dans le groupe « Search Engine ». Cela s’est traduit par une activité soutenue et l’utilisation de l’outil numérique comme une ressource, et non un palliatif, leur permettant de formuler des prompts plus pertinents.
Que concluent les auteurs
Si elles sont utiles pour collecter et assembler de l’information, les applications d’intelligence artificielle générative peuvent restreindre l’activité cognitive approfondie et limiter l’engagement par rapport à ce qu’ils font écrire.
A propos de l’observation sur le groupe Brain-only>LLM lors de la quatrième session, les auteurs jugent que « ces résultats soulignent l’interaction dynamique entre le soutien cognitif et l’engagement neuronal dans les contextes d’apprentissage assisté par l’IA. »
Pour finir ils concluent ainsi « Cette observation expérimentale semblerait fournir la preuve que si les utilisateurs s’appuient trop fortement sur les outils d’IA, ils peuvent penser acquérir une maîtrise superficielle sans parvenir à intérioriser et à s’approprier les connaissances. »
Référence : Your Brain on ChatGPT: Accumulation of Cognitive Debt when Using an AI Assistant for Essay Writing Task – Nataliya Kosmyna and al. – MIT Media Lab (2025)
Cet article a aussi été publié sur le Educavox le 1/12/25 https://www.educavox.fr/accueil/debats/chatgpt-affaiblit-il-notre-cerveau
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Que ChatGPT affaiblisse le cerveau de certains individus, il n’y a aucun doute…par contre, il risque de renforcer le potentiel dominateur d’autres cerveaux “artificiels, aguerris et vifs,intellectuellement et informatiquement” pour nous arnaquer. ChatGPT est-il une bonne ressource pour l’accès à l’information “neutre” et à la culture “universelle” ? NON, ses bases de données, dont il se nourrit, sont d’abord anglo-saxonnes..incomplètes, donc avec des biais inévitables !
Enfin, ChatGPT peut-il améliorer la santé mentale des jeunes… addictifs aux réseaux sociaux…non à priori ! Cette révolution numérique d’IA générative me semble être négative pour la planète (data-centers en expansion exponentielle, bilan-carbone catastrophique, déréglement climatique accentué). Il aurait été plus judicieux de promouvoir “l’informatique quantique”, mais la recherche se perd souvent dans les méandres de l’économie immédiate.
Oui, ce qu’on nomme abusivement “intelligence” artificielle risque de nous rendre tous cérébralement paresseux. Je ferais l’analogie avec celles et les sédentaires qui utiliseraient leur véhicule motorisé pour le moindre trajet et seraient devenus incapables de marcher plus d’une heure. Globalement, les humains risquent de devenir des idiots paresseux …
Les outils de type ChatGPT, que je ne connais pas, sont, me semble t’il, à utiliser avec parcimonie et en connaissance de cause et surtout d’effet…
L’outil LinkedIn, spécialisé dans la constitution de ce que Patrick Veveret, né le 16 mars 1948 à Créteil, philosophe et essayiste altermondialiste, conseiller maître honoraire à la Cour des comptes, nomme “accord fécond” est très intéressante en tant qu’outil d’AIDE à la décision mais, en aucune manière de prise de décision…
La différence est mince et peux paraître, à tort, un outil d’aide à la fainéantise, en effet…
A bientôt.
Amitié.
Mais pourquoi toujours “mesurer” les capacités du cerveau à l’aune d’un exercice académique : la dissertation ? En quoi cet exercice est-il un absolu, une référence parfaite ? Et si c’était l’exercice même de la dissertation qui était con ? Ou, tout au moins, qui avait toutes les raisons de le devenir à l’heure de l’IA.
Il faut relire “système 1-Système 2” de Daniel Kahnemann. Le phénomène qu’il décrit est simple : pour économiser l’énergie nécessaire à l’enclenchement d’une pensée rationnelle et logique (système 2 de notre cerveau, très énergivore), c’est le plus souvent le système 1 qui prend le dessus : la décision prise par l’intuition, le raccourci.
Résultat : les juges condamnent plus sévèrement les justiciables avant l’heure du déjeuner (la faim les tenaille) qu’après (la digestion les assoupit), les directeurs généraux à titres ronflants des grandes entreprises ont autant de rationalité dans leurs choix que si l’on faisait appel à leur place à des dés que l’on jette au hasard, les étudiants de Harvard les plus capés accumulent le même taux d’erreur que toutes les Mme Michu du monde face à un exercice de calcul élémentaire, etc. etc.
C’est avec tout cela qu’il faut comparer les choses, pas avec l’exercice de la dissertation qui ne mesure que la capacité à recracher un savoir accumulé : en déduire que chatGPT fait désormais ça bien que nous, quelle info !
Et si chatGPT et ses copains avaient aussi la vertu inverse à celle développée ici ? Et s’ils nous permettaient, à l’avenir, via l’IA-agentique ou je sais quoi, d’accéder avec moins d’effort à la rationalité de nos systèmes 2 ? Cela ne pourrait-il pas aider, à terme, les juges à faire preuve de moins d’arbitraire ? Les directeurs généraux à s’observer décider et à y mettre plus de raison et les étudiants d’Harvard à se souvenir de qui ils sont ?
Bien entendu, cela ne signifie pas que l’on doive laisser son cerveau se reposer, dormir.
Cela signifie qu’il s’agit de prendre du recul face à notre savoir. Tant qu’il est froid, désincarné, académique, et que l’on sait qu’on peut le récupérer à tout moment via un outil, pourquoi s’encombrerait-on avec lui ?
S’il est chaud, fruit d’une expérience humaine, qu’il renvoie à des émotions, qu’il a été “incorporé”, bref si ce savoir s’est transformé en connaissance, alors il sera toujours là, au fond de nous-même, il fait partie de nous.
C’est à une accélération de ces expériences d’apprentissage-là que chatGPT nous appelle, à cette victoire de l’enseignement sur l’académisme, pas à se morfondre sur la baisse du niveau des dissertations !
En effet il est utile de prendre du recul par rapport à un (apparent) langage qui n’est que le résultat d’un calcul statistique produit par une machine qui ne comprend pas les tokens (fragment de mots) qu’elle assemble pour imiter la parole de l’homme.
Merci Xavier ; Effectivement qq fonctions cognitives tendent à être diminuées et cela compte pour chaque évolution techno majeure . Le GPs vs la lecture d une carte et la capacité à concevoir un itinéraire ; La capacité d écrire, lire , compter , mémoriser… Acculturation obligatoire pour transformer l outil ( les IAs) en cocotte numérique ! Collaboration adequate si l humain dispose des capacités d exercer son.libre arbitre…
Débat loin d être fermé
Phlev
Chap gpt et enjeux cognitifs
Chap Gpt est en effet un outil dangereux pour les fainéants qui y cherchent un produit fini. Ils ne mémorisent pas cette acquisition trop rapide de connaissance. À l’extrême, ils ne prennent même plus le temps de réfléchir ni d’organiser leur pensée pour écrire. Une succession de copier-coller sans réelle cohérence leur suffit.
En ce qui me concerne, l’IA est une source inépuisable d’informations, d’idées nouvelles, pour enrichir mes écrits. Bien sûr, il est préférable de vérifier, recouper et valider les éléments et ne s’en servir que pour enrichir un contenu qui vient de soi. A la manière d’un journaliste qui aurait la chance d’avoir spontanément accès à une multitude de sources.
Le progrés est un train que l’on ne peut arrêter. A nous de nous adapter, de revoir nos méthodes pédagogiques pour apprendre à penser par soi-même. Par exemple en demandant aux étudiants de s’appuyer sur des expériences personnelles, qu’eux seuls peuvent avoir vécues.
Bien d’autres dangers numériques que Chap Gpt , altèrent potentiellement certaines de nos capacités cognitives, mais elles en développent d’autres. Ne l’oublions pas.
Les jeux vidéo consommés à l’extrême privent nos jeunes du monde réel. En revanche, ils améliorent considérablement leurs capacités d’anticipation et leurs réflexes. Les jeux en ligne peuvent même favoriser l’esprit d’équipe, la collaboration à distance.
Les séries sans fin que nous absorbons en streaming sur des plateformes dédiées peuvent être perçues comme une perte de temps. Certains l’utilisent intelligemment pour apprendre une langue ou développer leur imagination. Une version anglaise sous-titrée en français est une option courante aujourd’hui pour apprendre la langue. La diversité des styles narratifs et les contextes des scénarios sont à même de vous ouvrir l’esprit à d’autres cultures et aux différentes facettes de la nature humaine.
Tout va plus vite aujourd’hui. Certains regardent les séries, écoutent les messages ou suivent les cours en ligne avec une vitesse accélérée. Ils retiennent moins bien ce qu’ils entendent mais ont le temps de survoler un nombre de sujets incroyables. L’avantage est probablement une forme de culture générale, l’inconvénient, la fatigue cérébrale pour eux-mêmes et les autres, qui ne vivent pas au même rythme.
Ps : ce commentaire n’a pas eu recours à l’IA 😆
L’IA générative “accès à une multitudes de sources” : encore faudrait il faudrait il que ces sources
1/ soient traçables,
2/ ne soient pas biaisées.