Conflit au Moyen-Orient 2026 : Impact sur les systèmes agroalimentaires

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L’actuelle perturbation du corridor commercial du détroit d’Ormuz provoque l’un des chocs les plus graves affectant les flux mondiaux de matières premières jamais connu.

Outre la perturbation de l’extraction, du raffinage et de l’acheminement du pétrole et du gaz en provenance de cet important bassin de production (abondamment commentée depuis le début du conflit) on voit aussi d’importantes conséquences pour la sécurité alimentaire, la production agricole et les marchés mondiaux hors énergie qui a été analysée par la FAO dès la mi mars 2026.

Pays du Golfe et marchés des produits fossiles et de leurs dérivés

La région du Golfe Persique est essentielle pour l’approvisionnement mondial en énergie et en engrais.

Le royaume de Bahreïn, l’Irak, la République islamique d’Iran, le Koweït, le Qatar, l’Arabie saoudite, l sultanat d’Oman et les Émirats arabes unis — produisent et exportent collectivement une part importante des productions mondiales du pétrole brut, des produits raffinés, du gaz naturel liquéfié (GNL), et des engrais de synthèse.

Pétrole

Avant le conflit, environ 20 millions de barils/jour de pétrole et de produits raffinés — soit près d’un quart du commerce mondial de pétrole par voie maritime — transitaient par le détroit d’Ormuz. Le déclenchement des hostilités, le 28 février 2026, a entraîné une réduction immédiate et brutale des exportations du Golfe : le trafic de pétroliers dans le détroit a chuté de plus de 90 % début mars et la production pétrolière du Golfe a été réduite de 10 millions de barils par jour au 10 mars. Ces perturbations ont provoqué une forte hausse des prix mondiaux de l’énergie : le prix du Brent a brièvement atteint 120 dollars par baril le 9 mars et le 19 mars. Ces derniers jours les prix ont fluctué autour de 100 dollars/baril soit 50 % de plus que le mois précédent.

Gaz

Alors que 20 % du trafic de du gaz naturel liquéfié (GNL) passe par le détroit d’Ormuz, les marchés du gaz naturel ont connu une réaction encore plus spectaculaire. Le contrat à terme de référence européen du gaz, le TTF néerlandais, a bondi de 50 à 100 % au cours des trois premières semaines du conflit, reflétant à la fois la perte de volumes d’exportation de GNL en provenance du Golfe et les achats de panique des importateurs. Le 27 mars le cours de clôture s’élevait à 54 € / MWh (+75% depuis le 27 février).

Engrais

Outre le pétrole, la région du Golfe est également une plaque tournante du marché mondial des engrais de synthèse qui augmentent les rendements de l’agriculture mondiale. Les abondantes ressources en gaz naturel de la région permettent de produire ces engrais à des coûts compétitifs.

Les pays du Golfe figurent parmi les principaux exportateurs d’engrais azotés comme l’urée et l’ammoniac, ainsi que d’engrais phosphatés, ce qui en fait des fournisseurs indispensables pour de nombreux pays qui en dépendent notamment en Asie et en Afrique. Près de 30 % des produits fertilisants commercialisés à l’échelle mondiale — soit environ 16 millions de tonnes par an d’azote, de phosphates et de soufre — transitent par le détroit d’Ormuz.

Les prix des engrais ont aussi fortement augmenté depuis le 28 février. Au Moyen-Orient, le prix de l’urée granulée a progressé de 19 % au cours de la première semaine de mars, tandis qu’en Égypte, il a bondi de 28 %. Le gaz naturel étant la principale matière première des engrais azotés, la hausse des prix de l’énergie devrait maintenir une pression à la hausse sur le coût des engrais. Les projections de la FAO indiquent que les prix mondiaux des engrais pourraient augmenter en moyenne de 15 à 20 % au premier semestre 2026 si la crise persiste.

Impact sur le marché des matières premières agro-alimentaires

Dès le début de la guerre d’Iran, les prix de matières premières comme le blé, le riz, le maïs et les huiles végétales se sont raffermis sur les marchés internationaux suite à la constitution de stocks de précaution ainsi qu’à des achats spéculatifs.

Après quatre semaines de combats, on peut craindre une réduction de la consommation des engrais si leur prix reste élevé. Il en résulterait une diminution des récoltes et des tensions sur l’offre de céréales qui entraînerait alors une flambée des prix alimentaires d’autant que la hausse des prix de l’énergie renchérit les autres intrants agricoles comme le carburant, l’électricité et le transport.

Par ailleurs, la hausse des prix du pétrole incite les gouvernements et les fabricants de carburants à privilégier les sources d’énergie alternatives comme l’éthanol et le biodiesel ce qui accroît leur valeur économique et stratégique. Cela se répercute sur les marchés des matières premières agricoles comme le maïs, l’huile de soja et l’huile de palme où cette demande supplémentaire induit une volatilité accrue et des pressions inflationnistes.

Répercussions mondiales du conflit régional

Le conflit du Golfe Persique provoque un double choc sur les systèmes agroalimentaires mondiaux, en réduisant simultanément l’offre d’intrants et en affaiblissant la demande à l’exportation.

Du côté de l’offre, la hausse des prix de l’énergie et des engrais érode les marges des agriculteurs, accroît les tensions sur leur trésorerie et risque d’entraîner une réduction de l’utilisation des intrants, ce qui pourrait faire baisser les rendements des prochaines saisons comme nous l’avons évoqué plus haut.

Parallèlement, pour nombre d’exportateurs, la fermeture des marchés du Golfe supprime un débouché essentiel pour les produits à forte valeur ajoutée, réduisant ainsi les revenus agricoles et aggravant des conditions de trésorerie déjà précaires.

La combinaison de ces mécanisme, pression sur les coûts et de choc sur la demande, pourraient entraîner une réduction de l’offre agricole dans les mois à venir, ouvrant la voie vers une vague d’augmentations des prix alimentaires d’ici six mois.

Pénuries et hausse des coûts

Les effets de la guerre d’Iran se font sentir bien au-delà du Moyen-Orient, en particulier dans les pays qui dépendent de la région pour leurs approvisionnements en engrais et dont l’économie est liée aux marchés du Golfe.

L’effondrement des exportations de pétrole, de gaz et d’engrais du Golfe plonge les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, fortement dépendants des importations, dans une situation de pénurie et de hausse des coûts.

Actuellement, les pays actuellement les plus vulnérables sont les suivants :

  • Sri Lanka, où la récolte du riz Maha est en cours
  • Bangladesh, actuellement en pleine saison critique du riz Boro
  • Inde, confrontée à une baisse de sa production nationale d’engrais avant la saison Kharif
  • Égypte, fortement exposée en raison de sa dépendance aux importations de blé
  • Soudan, déjà confronté à une grave insécurité alimentaire

En Afrique subsaharienne, la Somalie, le Kenya, la Tanzanie et le Mozambique sont particulièrement exposés en raison de leur forte dépendance aux importations d’engrais.

Les productions des principaux exportateurs agricoles, tels que le Brésil ou l’Inde, pourraient également être impactées, avec des conséquences potentielles sur les marchés mondiaux.

Baisse des exportations vers les pays du Golfe

Les pays qui exportent habituellement des produits alimentaires vers le Golfe subissent des répercussions directes ou/et indirectes sur leur économie.

Les riches États du Golfe figurent parmi les plus grands importateurs mondiaux de produits alimentaires de base, de viande et de produits laitiers. Leurs achats affectent significativement le commerce agroalimentaire mondial, avec un impact particulièrement marqué sur le marché du riz, où elle représente 14 % des exportations mondiales. Parmi les autres produits essentiels importés par les États du Golfe, on trouve aussi l’orge (6 %), le blé (5 %), le maïs (5 %) et les édulcorants (5 %).

Les perturbations du transport maritime et de l’activité économique dans le Golfe ont entraîné l’interruption ou le retard des flux commerciaux de nombreux produits provenant du monde entier notamment les céréales qui sont importées d’Amérique du Nord, d’Europe et de la mer Noire, le riz qui provient d’Asie du Sud et la viande qui est achetée en Amérique du Sud et en Asie du Sud.

Certains pays fortement dépendants des importations d’intrants et fortement spécialisés dans leurs exportations vers les pays du Golfe sont particulièrement exposés à la situation actuelle, et subissent une « double peine » : hausse des coûts et moindre disponibilité des intrants plus baisse des prix à l’exportation. Les pays les plus vulnérables se situent en Asie du Sud (Bangladesh, Inde, Pakistan et Sri Lanka), en Afrique de l’Est (Soudan, Kenya et Somalie) et au Moyen-Orient (Turquie, Jordanie).

Menaces sur la sécurité alimentaire

Pays du Golfe

Les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar, Koweït, Bahreïn et Oman — ainsi que la République islamique d’Iran et l’Irak, sont tous fortement dépendants des importations alimentaires. Dans ces pays, ce sont 70 à 90 % des aliments de base qui sont importés en raison d’une agriculture domestique limitée à cause du climat aride et de la rareté de l’eau.

Cette dépendance a été soutenable en temps de paix grâce au libre-échange et à la constitution de stocks stratégiques, mais elle est devenue un handicap majeur dans le contexte d’un conflit régional qui dure depuis plusieurs semaines.

La fermeture du détroit d’Ormuz prive les pays du Golfe de leur principale voie d’approvisionnement maritime en produits alimentaires dont les voies d’acheminement alternatives sont limitées. La région importe chaque année environ 100 millions de tonnes de produits alimentaires, soit près de 274 000 tonnes par jour, l’équivalent de 10 000 à 14 000 camions quotidiennement.

Avec la suspension partielle des vols et la réduction des liaisons terrestres, un conflit prolongé compliquera le transports des marchandises, et les denrées alimentaires qui pourront être importées coûteront beaucoup plus cher à cause de l’allongement des trajets et du coût des assurances contre les risques de guerre.

En temps normal, les gouvernements des pays du Golfe gèrent la sécurité alimentaire en constituant des stocks et en diversifiant leurs sources d’importation, stratégie qui n’est plus adaptée en cas de blocus prolongé.

Si l’accès maritime au Golfe reste bloqué, les options pour nourrir plus de 50 millions de personnes dans ces pays deviennent très limitées. Les voies terrestres ne peuvent acheminer qu’une fraction des volumes habituels, et les ports saoudiens de la mer Rouge ne peuvent satisfaire la totalité de la demande d’importations alimentaires du Golfe. Pour exemples :

  • les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite font partie les principaux fournisseurs de sucre raffiné et de farine de blé de la République islamique d’Iran, via des plateformes de réexportation,  transit aujourd’hui menacé.
  • Le Qatar ne dispose d’aucun autre port hors du Golfe et ses importations de produits alimentaires pourraient être totalement interrompues. Sa principale plateforme logistique alimentaire devrait alors s’appuyer sur le fret aérien ou des liaisons terrestres à petite échelle, insuffisantes pour ses besoins.

Autres pays

Le conflit pourrait également avoir des conséquences économiques en dehors des marchés des produits énergétiques et alimentaires.

Les pays du Golfe accueillent une importante population de travailleurs migrants venus d’Afrique, d’Asie du Sud et d’Asie du Sud-Est qui envoient des milliards de dollars vers leurs pays d’origine chaque année. Le ralentissement économique dû au conflit et le retour de migrants vers leur pays d’origine va significativement abaisser ces transferts de fonds ce qui réduira le revenus de pays pauvres « exportateurs de main d’œuvre » eux-mêmes fragilisés par la flambée des prix des aliments : Inde, Pakistan, Népal, Bangladesh, Sri Lanka, Indonésie, Philippines, Égypte, Éthiopie.

La durée de la perturbation sera déterminante.

L’évolution et la durée du conflit conditionneront l’ampleur et l’impact de la crise.

Compte tenu du degré élevé d’incertitude sur la tournure des évènements, trois scénarios chronologiques distincts ont été élaborés par la FAO :

  • Conflit de courte durée : le blocus du détroit d’Ormuz dure quelques semaines et les prix du pétrole atteignent 120 USD le baril pendant trois mois maximum à partir de début mars, avant de se stabiliser à 80 USD jusqu’à la fin de l’année. Une tendance similaire s’observe pour les prix du gaz naturel, bien que la hausse relative soit plus marquée. Si les prix des engrais augmentent durant cette période de flambée, cela n’affecte que certains producteurs de l’hémisphère Sud qui n’ont pas encore acheté leurs intrants. Les agriculteurs de l’hémisphère Nord ne sont pas impactés pendant la campagne des semis de printemps. Les stocks alimentaires mondiaux sont actuellement suffisants et les marchés pourraient ensuite se stabiliser d’ici trois mois environ. N.B. A ce jour, l’indice FAO des prix alimentaires demeure inférieur d’environ 21 % à son pic de mars 2022.
  • Perturbation à moyen terme : le blocus est prolongé à trois mois et les prix du pétrole, après avoir atteint 120 USD en mars, grimpent à 140 USD en avril et mai. À partir de juin, les prix du pétrole se stabilisent à 120 USD jusqu’à la fin de l’année. Une tendance similaire s’observe pour les prix du gaz naturel, bien que la hausse relative soit plus marquée. Les prix des engrais affectent tous les agriculteurs des deux hémisphères tout au long de l’année, influençant leurs décisions de production et de semis.
  • Évolution à long terme : la situation en 2026 est identique à celle du scénario médian, mais les perturbations des réseaux commerciaux et des prix du pétrole se prolongent jusqu’en 2027. 80 % du choc de 2026 est maintenu et progressivement absorbé jusqu’en 2030. la FAO prévoit une baisse des rendements des cultures exigeantes en engrais, telles que le blé, le riz et le maïs, une substitution des cultures par des cultures fixatrices d’azote, comme le soja, et une concurrence accrue de la production de biocarburants, la hausse des prix du pétrole stimulant la demande de matières premières agricoles. Les trajectoires de croissance seront défavorablement impactées par ces changements et la productivité totale des facteurs s’ajustera en conséquence.

En conclusion

Après 4 semaine de guerre nous constations qu’en plus d’un choc énergétique elle provoque un choc systémique qui affecte le secteur agroalimentaires à l’échelle mondiale qui exige une action internationale urgente et coordonnée.

À court terme, il est essentiel d’établir des corridors commerciaux alternatifs, d’apporter un soutien financier d’urgence aux pays dépendants des importations et de garantir l’accès des agriculteurs au crédit.

À moyen terme, les pays doivent diversifier leurs sources d’importation d’engrais, renforcer les réserves régionales et éviter les restrictions à l’exportation.

À long terme, la FAO recommande d’investir dans une agriculture durable et économe en intrants, de développer à grande échelle des technologies d’engrais alternatives telles que l’ammoniac vert et de considérer les systèmes alimentaires comme une infrastructure stratégique.

Principales références

  • Global agrifood implications of the 2026 conflict in the Middle East – FAO (March 2026)
  • Oil Market Report – IEA (March 2026).
  • Global fertiliser dependency on Gulf exports: what if Hormuz is disrupted – Kpler (2025)

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