Fragile recul de la faim et de la sous-nutrition dans le monde

Agricultural cornfield. Free public domain CC0 photo.

Malgré une production agricole et alimentaire abondante à l’échelle planétaire, des centaines de millions de Terriens ne mangent pas à leur faim ou/et souffrent de malnutrition. L’inflation des prix des denrées au cours de la période 2021-2023 a surtout touché les pays à faible revenu. Toutefois les données à l’échelle mondiale montrent un léger recul de l’insécurité alimentaires en 2024 mais cette tendance pourrait être annulée voire inversée par l’inflation des prix alimentaires et la remise en cause de la solidarité internationale;

État des lieux

Sous-Alimentation

D’après les dernières estimations de l’ONU, 8,3% de la population mondiale aurait connu la faim en 2024. Ce taux est en baisse par rapport à 2023 (8,5%) et 2022 (8,7%).

Cette baisse résulte d’une amélioration significative de la situation en Asie du Sud-Est, en Asie du Sud et en Amérique du Sud qui détonne avec la diminution de la ressource alimentaire en Afrique et en Asie de l’Ouest.

En valeur absolue, ce sont 670 millions d’êtres humains qui souffraient de la faim dans le monde en 2024 (soient 22 millions de moins qu’en 2022) avec la répartition géographique suivante : 307 millions en Afrique, 323 millions en Asie et 34 millions en Amérique latine et dans les Caraïbes. Si l’on rapporte ces chiffres à la population de ces régions ces chiffres montrent un taux de sous-alimentation respectif de 20,2 % , 6,7 % et 5,1 %.

La baisse de de la sous alimentation devrait se poursuivre mais, d’ici à 2030, l’Afrique ne bénéficiera pas ou peu des effets de la lutte contre la faim et représentera 60 % des 510 millions de personnes sous alimentées à cette date.

Insécurité alimentaire

Cet indicateur mesure le nombre de personnes qui ne peuvent pas accéder toute l’année à une alimentation nutritive, sans danger, en quantité suffisante.

D’après les estimations de l’ONU, ce sont 2,3 milliards de personnes qui étaient en situation d’insécurité alimentaire modérée ou grave en 2024, soit 28 % de la population mondiale, un peu inférieure à 2023 (28,4%). Les régions les plus sévèrement touchées sont l’Afrique (59 % de sa population), L’Amérique Latine (25%), l’Asie (22%). On notera que la région Europe-USA n’est pas épargnée, la prévalence de l’insécurité alimentaire modérée ou grave y est de 8 %.

À l’échelle mondiale et dans presque toutes les régions, l’insécurité alimentaire est plus importante dans les zones rurales que dans les zones urbaines et touche plus les femmes que d’hommes.

Alimentation saine, à quel prix ?

Les prix ont fortement augmenté depuis trois ans

Les hausse des prix des denrées a propulsé le coût mondial moyen d’une alimentation saine* par personne et par jour à 4,46 dollars (USD) – en parité de pouvoir d’achat (PPA), contre 4,30 USD en PPA en 2023 et 4,01 USD en PPA en 2022.

Malgré cette inflation, le nombre de personnes n’ayant pas les moyens de s’alimenter sainement dans le monde a légèrement diminué (2,76 milliards en 2019 à 2,60 milliards en 2024, mais cette moyenne occulte de fortes disparités. Sur la même période ce nombre a augmenté en Afrique où il atteint 1 milliard d’individus (+15%) , dans les pays à faible revenu (545 millions, + 17%), dans les pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure-hors Inde (869 millions, +10 %) .

*L’alimentation saine est définie comme étant composée d’un ensemble diversifié d’aliments disponibles localement qui satisfont les besoins énergétiques et la plupart des besoins nutritionnels.

Alimentation et santé

C’est chez l’adulte que l’on a constaté des effets non négligeables du défaut d’accès à une alimentation saine. Pour exemples, à l’échelle mondiale :

-la prévalence de l’obésité chez l’adulte est passée de 12,1 % en 2012 à 15,8 % en 2022.

-la prévalence l’anémie chez les femmes âgées de 15 à 49 ans est passée de 27,6 % à 30,7 %. de 2012 à 2023.

Les populations des pays à faible revenu sont les premières à souffrir de la faim, de l’insécurité alimentaire et de la malnutrition, quand il y a augmentation des prix des denrées alimentaires.

Menaces

La tension sur les prix des produits alimentaires a mis à l’épreuve la résilience des systèmes agroalimentaires du monde entier avec, en moyenne, peu d’effets sur la lutte contre la faim, l’insécurité alimentaire et la malnutrition sous toutes ses formes. S’il a été possible de surmonter « globalement » des défis sans précédent causés par les coûts des produits agricoles et de le l’énergie il apparaît que de fortes difficultés persistent notamment dans les pays pauvres.

La fermeture brutale de la première agence de financement de l’aide humanitaire et de développement, USAID, la réduction des crédits accordés au Programme Alimentaire mondial et baisse massive de l’aide au développement de la Commission Européenne (et des pays membres) risquent fortement impacter le secteur de l’aide internationale en général et les programmes alimentaires d’urgence en particulier, comme on peut déjà le voir au Soudan, en République démocratique du Congo, en Palestine, en Syrie, au Liban, en Haïti et dans le bassin du lac Tchad.

Principale référence : The state of food security and nutrition in the world – FAO, 2025

Vous avez pu lire cet article et naviguer sur le site sans être incommodé par de la publicité, des textes sponsorisés ou du traçage commercial alors que la rédaction des publications de ce blog demande un important travail de documentation et le recours à de nombreuses sources d’informations qui ne sont pas gratuites. Pour soutenir cette politique et permettre au blog de progresser avec plus d'illustrations didactiques : images et schémas animé(e)s ou non, c’est ICI

5 thoughts on “Fragile recul de la faim et de la sous-nutrition dans le monde”

  1. Article intéressant, qui hélas ne mentionne pas les secousses géopolitiques actuelles (GAZA, SOUDAN…). On n’est pas surpris (stat. de l’ONU) de voir que l’Afrique reste le continent le plus
    menacé par l sous-alimentation. Outre les guerres, les sources de mal-nutrition seront de + en +
    liées aux migrations entrainées par le Réchauffement Climatique. Les pays développés abritent, de + en +, des personnes en état de sous-alimentation : étudiants dans les grandes villes n’ayant pas
    de chambres universitaires, personnes en état de grande précarité…
    “Une bonne alimentation dans un corps sain” devrait être un précepte éthique, moral et de grande
    sagesse dans un monde de + en + turbulent !

  2. Votre article est en effet très intéressant et utile. Je pense que votre définition de l’Alimentation saine n’est pas complète car il ne faut pas oublier qu’aujourd’hui, les pesticides et polluants divers de l’eau, l’élevage intensif avec des hormones de croissance conduisent à produire de plus en plus une alimentation de mauvaise qualité même dans les pays développés. Cela conduit à la prolifération de cancers, de maladies cardiovasculaires. Il nous faut donc lutter contre la pollution de l’eau et aller vers une agriculture vertueuse, respectueuse des sols et des organismes qui y vivent (lombrics), tuer les ravageurs avec leurs prédateurs naturels, si nous voulons des cultures saines et donc une alimentation saine.

  3. Merci pour votre article, très détaillé du point de vue statistique pour ce qui est de l’état des lieux
    Il pourrait être utile à ce sujet de préciser comment l’ONU établit dans la durée ses estimations des différents seuils concernant les phénomènes observés (le mode de calcul et de recensement) ;
    également, qu’en est-il du phénomène de gaspillage alimentaire au niveau mondial et des initiatives actuelles efficaces contre ce fléau?
    Existe-il selon vous un début de gouvernance mondiale porteur d’espoir pour s’attaquer à la malnutrition dans le monde?
    Merci,

    1. Les seuils utilisés par l’ONU sont factuellement explicités dans la section “Méthods” de la référence donnée en fin d’article.
      Il n’y a pas de coordination mondiale du combat contre le gaspillage alimentaire. Toutefois de nombreux pays ont pris des mesures (Loi “Garrot” depuis 2016 en France).
      La lutte contre malnutrition est au programme de l’ONU via plusieurs de ses agences (OMS, FAO, …).

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *