L’obésité en Europe : l’autre épidémie

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La propagation de la Covid depuis la fin de 2019 puis la diffusion à l’homme de la variole du singe début 2022 ont plus particulièrement focalisé l’attention des media sur la situation sanitaire mondiale. Aussi préoccupantes soient elles ces vagues infectieuses ne doivent pas occulter le croissance de maladies non transmissibles liées au surpoids ou à l’obésité. Un rapport très complet (1) du Bureau Européen de l’OMS a alerté sur sur le sujet en mai 2022. Cet article en présente une synthèse incluant les principales recommandations en direction des de toutes les parties prenantes : pouvoirs publics, production et commercialisation, consommation, éducation.

Le dernier rapport régional européen de l’OMS sur l’obésité publié le 3 mai 2022 signale que dans la Région européenne (2),59 % des adultes et près d’un enfant scolarisé sur trois (29 % des garçons et 27 % des filles) et 7,9% des enfants moins de 5 ans sont en surpoids ou obèses. Près d’un adulte sur quatre est obèse : c’est la prévalence la plus élevée des 6 régions (3), à l’exception des Amériques.

C’est aussi l’augmentation des niveaux de surpoids et d’obésité chez les adultes dans cette région est très préoccupante : d’après les dernières données collectées la prévalence de l’obésité y a augmenté de 21 % de 2007 à 2016 et de 138 % de 1975 à 2016 tandis que la prévalence du surpoids (y compris obésité) a augmenté de 8 % de 2007 à 2016 et de 51 % de 1975 à 2016.

L’obésité est due à une à une accumulation de masse grasse dans le corps et à une modification du tissu adipeux qui la stocke. C’est est une maladie complexe qui résulte de la combinaison de plusieurs facteurs : alimentaires, comportementaux, génétiques et environnementaux. Pour l’OMS, une personne est obèse quand elle présente un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 30, soit à partir de 92 kg pour une personne mesurant 1,75 mètre ; une personne en surpoids a un IMS supérieur à 25 soit 77 kg pour une taille de 1,75 mètre.

L’obésité peut apparaître tout au long de la vie et la vulnérabilité alimentaire au cours de l’enfance peut induire une tendance à développer l’obésité à l’age adulte. A cet égard le rapport de l’OMS pointe que la numérisation de la vie quotidienne en Europe moderne est aussi une cause de l’obésité. Ainsi la commande de « junk-food » sur internet, notamment chez les jeunes, et la progression des jeux en ligne encourageant la sédentarité contribuent à la progression du surpoids et de l’obésité.

Dans la région européenne le surpoids et l’obésité sont les principales causes de décès et d’invalidité. Les dernières estimations révèlent qu’ils y causent plus de 1,2 million de décès par an, soit plus de 13 %. A l’échelle mondiale l’obésité sévère peut faire perdre 6 années d’espérance de vie et près de 20 ans d’espérance de vie en bonne santé (4).

L’obésité augmente le risque de nombreuses maladies non transmissibles et elle est associée à de nombreuses pathologies. Parmi ses nombreux effets on trouve les complications musculo-squelettiques qui résultent directement de l’augmentation du poids corporel, le diabète type 2, les maladies respiratoires chroniques, les troubles cardiovasculaires, ainsi que des effets sur santé mentale. L’obésité est aussi l’une des causes d’au moins treize différents cancers touchant le sein, le rectum, le rein, le foie, les ovaires, le sang (myélome), le système nerveux (méningiome)… Ainsi l’obésité est responsable d’au moins 200 000 nouveaux cas de cancer par an dans la Région européenne de l’OMS. Dans certains pays (Royaume-Uni, par exemple) l’obésité se rapproche du tabagisme comme principal facteur de risque de cancer évitable.

L’obésité est une maladie multifactorielle complexe dont les causes ne se limitent pas à la simple combinaison d’une mauvaise alimentation et de l’inactivité physique. Ainsi, le traitement des malades qui en souffrent doivent être centrés sur le patient, plutôt que sur la perte ou le maintien du poids uniquement. Les protocoles de soins individualisés qui s’attaquent aux causes de l’obésité et qui offrent un soutien au changement de comportement sont à privilégier avant les thérapies classiques : psychologiques, pharmacologiques ou chirurgicales.

En termes de prévention l’OMS inventorie les interventions politiques, soutenue par un engagement à haut niveau, qui sont les plus efficaces pour enrayer l’épidémie d’obésité en rappelant que les efforts de prévention de l’obésité ne peuvent se limiter à une mesure et doivent être aussi exhaustifs que possible pour atteindre les individus tout au long de leur vie, pour tenir compte des déterminants environnementaux et commerciaux de la maladie, et pour s’attaquer aux moteurs structurels de l’obésité, par exemple :

-la mise en œuvre de mesures fiscales (taxation des boissons sucrées, subventions aux produits sains pour la consommation individuelle et collective,…) ;

-la restrictions de commercialisation d’aliments néfastes pour les enfants ;

-l’amélioration de l’accès aux services de prise en charge de l’obésité et du surpoids avec prise en charge par une couverture sanitaire universelle ;

-la promotion ainsi que l’amélioration de l’accessibilité (économique et financière) à une alimentation saine et à une activité physique tout au long de la vie, y compris pendant la grossesse et après la grossesse (allaitement maternel),

-l’information en milieu scolaire.

L’obésité ne connaît pas de frontières et tous les pays de la Région Europe ont à faire face à cette épidémie, à des degrés divers, en encourageant l’innovation (y compris l’innovation sociale) et les investissement pour développer des systèmes de santé suffisamment solides et résilients pour infléchir la trajectoire de l’obésité.

Enfin le rapport de l’OMS souligne que le combat contre contre l’obésité est essentiel pour atteindre les objectifs de développement durable définis par l’ONU en 2016. A ce titre il est mené parallèlement à la lutte contre les inégalités alimentaires et aux développement de systèmes alimentaires écologiquement durables.

A propos d’alimentation, lire aussi : Dis moi comment tu manges…

Références

(1) WHO European Regional Obesity Report 2022

(2) la Région européenne de l’OMS comprend 53 états : 27 membres de l’Union Européenne Albanie, Andorre, Arménie, Azerbaïdjan, Biélorussie, Bosnie-Herzégovine, Géorgie, Islande, Israël, Kazakhstan, Kirghizistan, Macédoine, Moldavie, Monaco, Monténégro, Norvège, Ouzbékistan, Royaume-Uni, Russie, Saint-Marin, Serbie, Suisse, Tadjikistan, Turkménistan, Turquie, Ukraine.

(3) Les États membres de l’OMS sont regroupés dans six zones géographiques : Afrique, Amériques, Asie du Sud-Est, Europe, Méditerranée orientale, Pacifique occidental

(4) Grover SA et coll. Years of life lost and healthy life-years lost from diabetes and cardiovascular disease in overweight and obese people: a modelling study. Lancet Diabetes Endocrinol.2014 Dec 4.

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5 thoughts on “L’obésité en Europe : l’autre épidémie”

  1. Plus que « multifactorielle » l’obésité actuelle semble mystérieuse. Devrait-elle être étudiée selon les critères de la biologie des populations ? En effet :
    – facteur défavorable aussi bien vis-à-vis de la fécondité, de la grossesse que de l’accouchement, l’obésité se multiplie avec la surpopulation mondiale, comme si elle en était un élément de régulation !
    – Quand les pauvres peuvent manger à leur faim, c’est eux qui deviennent obèses, alors que les riches restent minces !

    Voir aussi l’obésité de la Dame de Willendorf
    https://www.beaubiophilo.com/2022/07/la-dame-de-willendorf.sa-mysterieuse-obesite-fecondite-ou-prosperite.html

  2. La synthèse de Xavier DROUET est didactique et bien écrite. Mais les recettes contre l’obésité n’ont rien d’universel et les causes de l’obésité sont multifactorielles, individuelles et généralement mal connues, n’en déplaise au corps médical. De nombreux médecins, Prof. J.FRICKER, Dr DUKAN, ont tenté de s’y attaquer. nombre d’entre eux ont coopté les régimes « protéines » alors que, bien souvent, les sevrés de ce régime reprennent leur poids initial et parfois même le dépassent. « comme j’aime » tente enfin une autre approche avec les repas préparés à doses caloriques maîtrisées. Je connais une ex. obèse avec une ligne sans défauts qui jeune ou se nourrit alternativement en se pesant chaque jour … Souhaitons que cette maladie soit un jour enfin rationalisée et maîtrisée.

  3. Merci, Xavier, d’aborder ce sujet essentiel.

    Depuis quelques années, je travaille sur un projet innovant pour proposer aux personnes en surpoids une solution pérenne avec une startup que j’ai créée en Espagne. Malheureusement, il n’est pas possible pour le moment d’utiliser une analyse génétique en France.
    Les recherches scientifiques ont montré qu’une quarantaine de gènes influent sur notre réaction aux aliments que nous consommons. Nous sommes tous UNIQUES dans ce sens.
    La démarche proposée:
    – Une prise de salive permet de mesurer, cas par cas, les seuls gènes liés à l’alimentation.
    – Ceci permet de donner à chaque personne, de manière unique et pérenne, des recommandations sur la meilleure manière de s’alimenter.
    – Accompagnement par un/une nutritonniste pour expliquer les résultats.

    Quatre conditions pour la réussite:
    – Faire confiance à la science.
    – Avoir une volonté forte de changer son régime alimentaire.
    – Accepter de changer en profondeur son mode d’alimentation.
    – Compléter par un minimum d’activités physiques quotidiennes.

    Les résultats obtenus avec les premiers clients sont très encourageants. En moyenne réduction de 20% du poids au bout d’une année, sans efforts majeurs.

      1. Merci,

        C’est bien pour cela que l’analyse que nous faisons est strictement limitée à un tout petit nombre de gènes, environ 40.
        Les résultats utlisés sont pour améliorer le « bien être » des personnes, et n’ont pas de vocation médicale. C’est une différence essentielle.

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