Jeunesse mondiale : Prospective démographique

© Eric Heynes

La jeunesse représente une phase charnière du parcours de vie humaine, marquée par de profondes transformations biologiques, psychologiques et sociales. Futur de la société, elle n’échappe pas à l’évolution d’un monde qui fait face à des tensions géopolitiques multiples, au dérèglement climatique, à des transformations technologiques rapides, des inégalités chroniques et des réalités démographiques nouvelles.

Au cœur des mutations mondiales, la jeunesse hérite d’un avenir qu’elle façonne déjà par le progrès des connaissances, l’innovation, le leadership et l’engagement citoyen et le leadership.

Divergences démographiques

Les jeunes dans le monde combien, où ?

Aujourd’hui, le monde compte près de 1,3 milliard de jeunes âgés de 15 à 24 ans, soit près de 16 % de la population mondiale ; c’est le plus grand nombre jamais enregistré. Ils sont près de 760 millions à vivre dans des pays à revenu faible ou intermédiaire (PRFI), alors que 521 millions résident dans des pays à revenu élevé ou intermédiaire (PRI). Près de 60 % de la population mondiale des jeunes est concentrée dans seulement 10 pays : Bangladesh, Brésil, Chine, , et États-Unis, Éthiopie, Inde, Indonésie, Mexique, Nigeria et Pakistan

Au cours des prochaines décennies, ces tendances devraient s’accentuer, une part croissante des jeunes du monde vivant dans des pays en développement. Entre 2025 et 2050, la population jeune des pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI) devrait croître de 16 %, pour atteindre près de 880 millions. Réciproquement, la population jeune des pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure (PRITS) devrait se stabiliser, puis diminuer progressivement, de près de 24 % sur la même période, pour passer sous la barre des 400 millions d’ici 2050. Au total, d‘ici le milieu du siècle, environ 69 % des jeunes du monde vivront dans des PRFI, contre 59 % aujourd’hui.

Entre 2025 et 2050, les trois quarts des pays à revenu faible et intermédiaire devraient connaître une croissance de leur population jeune. Dans 22 de ces pays, la population âgée de 15 à 24 ans devrait augmenter d’au moins 50 %, les croissances les plus rapides étant attendues en Angola, en République centrafricaine, au Tchad, en République démocratique du Congo, au Niger et en Somalie . À l’inverse, les trois quarts des pays à revenu intermédiaire supérieur devraient enregistrer un déclin de leur population jeune, 51 pays étant susceptibles de connaître des réductions de 25 % ou plus d’ici 2050. Parmi les pays affichant les plus fortes baisses relatives figurent l’Albanie, la Chine, la Grèce, la Jamaïque et la République de Corée.


Évolution en pourcentage de la population âgée de 15 à 24 ans, 2025-2050

Source : World Population Prospects 2024, United Nations

Impacts socio-économiques

Au cours des prochaines décennies, les pays du monde entier vont connaître d’importantes modifications de leur pyramide des ages qui impacteront fortement leur développement socio-économique.

Dans de nombreux pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure et à revenu élevé, le déclin démographique des jeunes s’accompagne d’une forte augmentation du nombre de personnes âgées qui représentent une part croissante de la population totale, tendance qui devrait s’accentuer au cours des prochaines décennies. En 2025, ces pays comptaient plus d’une personne âgée de 65 ans ou plus pour chaque personne âgée de 15 à 24 ans. D’ici 2050, ce ratio devrait atteindre près de trois personnes âgées pour chaque jeune, accentuant les déséquilibres liés au vieillissement de la population et les pressions les populations actives, moins nombreuses. Ces évolutions démographiques affecteront de plus en plus les relations intergénérationnelles et la dispositifs de solidarité.

Si la plupart des pays à revenu faible ou intermédiaire (PRFI) conservent une population jeune (en valeur absolue), ils feront face à une augmentation du nombre et de la proportion des personnes âgées. En 2025, on comptait environ une personne de 65 ans ou plus pour trois jeunes dans les PRFI. Bien que les jeunes continueront d’être plus nombreux que les personnes âgées dans ces pays dans un avenir proche, le nombre de personnes âgées de 65 ans et plus dans les pays à revenu faible et intermédiaire devrait doubler d’ici 2050, réduisant ainsi l’écart entre la taille des groupes d’âge plus jeunes et plus âgés.

Pays dont la population jeune est en croissance

Les pays dont la croissance de leur population jeune est rapide sont parmi ceux qui ont le moins de moyens d’investir dans le capital humain, moteur essentiel de la croissance économique et du développement durable. Cela limite la capacité de leur jeunesse à faire face aux obstacles limitant leur développement et leur bien-être : accès limité à une éducation et des soins de qualité, opportunités économiques restreintes et des risques accrus de violence, de déplacement et de marginalisation.

La persistance de contraintes budgétaires, la faiblesse des capacités institutionnelles et la couverture limitée des services publics essentiels contribuent à un sous-investissement chronique dans les systèmes d’éducation et de santé, à des marchés du travail qui peinent à créer suffisamment d’emplois décents et à des systèmes de protection sociale qui demeurent incomplets ou inaccessibles. Une plus grande exposition aux conflits, à la fragilité et à de fortes pressions environnementales perturbe davantage la scolarité, les moyens de subsistance et la transition à l’âge adulte, aggravant les vulnérabilités et limitant les possibilités pour les jeunes de réaliser pleinement leur potentiel.

Pourtant, les investissements dans la jeunesse génèrent d’importants retours socio-économiques.

Pour exemple, des pays comme le Bangladesh et le Ghana, qui ont élargi l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur, renforcé les services de santé reproductive et accru la participation des femmes au marché du travail, ont réussi à transformer ces investissements démographiques et sociaux en une croissance économique durable. En Inde, la baisse de la fécondité chez les adolescentes et l’amélioration de l’éducation des filles se sont traduites par une augmentation des revenus des ménages, une diminution des taux de pauvreté et une meilleure résilience face aux chocs économiques.

Pour les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI) dont la population jeune croît rapidement, les solutions numériques offrent des moyens de promouvoir l’innovation technologique et l’entrepreneuriat. Les outils numériques, l’automatisation et les solutions fondées sur les données peuvent améliorer l’efficacité de la production, créer des emplois à haute valeur ajoutée et soutenir la croissance des secteurs économiques émergents.

En Asie, le « Youth Empowerment for Climate Action Programme » (YECAP) a permis aux jeunes de s’engager dans des projets d’agriculture intelligente grâce à des plateformes numériques leur donnant accès à la formation, au financement et aux marchés. En Afrique, l’initiative de la Banque mondiale « Déploiement à grande échelle des technologies agricoles de rupture en Afrique » a promu l’agriculture numérique et de précision, les services de conseil mobiles et l’agriculture basée sur les données afin d’améliorer la productivité, la résilience et le développement d’entreprises menées par les jeunes.

Face à l’augmentation prévue de la population âgée de 15 à 24 ans, la création de possibilités d’emploi décent en nombre suffisant demeure une priorité absolue. Ce défi est particulièrement aigu dans les pays où les jeunes sont pris au piège de l’économie informelle et des emplois sous-payés ; pour le relever, il est nécessaire de moderniser les technologies et de diversifier l’économie, en soutenant une transition des secteurs à faible valeur ajoutée, tels que l’agriculture et les industries extractives, vers des secteurs à plus forte valeur ajoutée, notamment l’industrie manufacturière et les services à forte contenu technologique.

Pour les jeunes des pays où la population jeune croît rapidement, la migration internationale est souvent l’une des rares options qui permettent d’assurer un avenir meilleur à eux-mêmes et à leurs familles . Dans de nombreux pays à revenu faible ou intermédiaire, les jeunes représentent une part importante de la population migrante totale et se déplacent souvent vers les pays voisins ou au sein de la même région. Par exemple, en Guinée, en Malaisie et au Sénégal, les migrants internationaux âgés de 15 à 24 ans représentent plus du quart de la population migrante totale. Les migrants représentent une part non négligeable de la jeunesse totale dans de nombreux pays de destination. Dans environ un tiers des pays pour lesquels des données sont disponibles, les jeunes migrants âgés de 20 à 24 ans représentent au moins 10 % de la population totale de cette tranche d’âge.

Ces migrations sont souvent motivées par un accès limité à l’éducation et à un travail décent, l’instabilité économique, les pressions environnementales et, dans certains cas, les conflits ou la marginalisation sociale. Si la migration peut offrir des opportunités de génération de revenus, de développement des compétences et de mobilité sociale, elle peut aussi exposer les jeunes à des vulnérabilités, notamment la précarité de l’emploi, l’exploitation et un accès restreint aux services sociaux. Il est donc essentiel de créer d’abord plus de possibilités de moyens de subsistance durables dans les pays d’origine afin de s’attaquer réduite autant que possible les facteurs structurels qui incitent ou contraignent les jeunes à migrer.

Pays dont la population jeune est stable ou en déclin

Historiquement, la croissance de la population jeune a joué un rôle déterminant dans le développement de nombreux pays. Par exemple, le Japon et la Corée du Sud ont tiré parti de l’arrivée de jeunes diplômés sur le marché du travail pour stimuler l’expansion industrielle, l’urbanisation et une croissance soutenue de la productivité. De même, au Brésil, en Chine et en Malaisie, l’arrivée massive de jeunes sur le marché du travail a favorisé le développement des infrastructures, l’essor des industries manufacturières et de services et l’émergence de secteurs technologiques compétitifs.

Pour maintenir leur performance économique dans un contexte de diminution de la population jeune, les pays devront s’adapter en investissant dans les compétences, les technologies et les développement durable. Le renforcement des infrastructures numériques, l’élargissement de l’accès à la formation continue axée sur les technologies et l’incitation à l’investissement du secteur privé dans l’entrepreneuriat et l’innovation des jeunes sont autant de moyens de dynamiser l’économie.

Il est tout aussi important de doter les jeunes des compétences nécessaires à l’évolution rapide du marché du travail. Au-delà des connaissances techniques, les jeunes travailleurs ont besoin de savoir-faire et de savoir-être transversaux telles que la créativité, le travail d’équipe, la résolution de problèmes, l’empathie, la gestion des conflits et les relations interpersonnelles pour s’adapter à des environnements de travail en constante évolution et participer efficacement aux secteurs à forte intensité de connaissances et aux secteurs de services. L’intégration de telles compétences dans l’éducation, la formation et les pratiques professionnelles peut améliorer la productivité, élargir l’accès aux opportunités économiques et promouvoir une croissance plus inclusive. De telles mesures permettent non seulement de maintenir la performance économique nationale dans un contexte de diminution de la population jeune, mais aussi de renforcer la résilience et l’adaptabilité sociales dans les sociétés en pleine mutation démographique et confrontées à l’augmentation de la part des personnes âgées.

Les jeunes pourraient également bénéficier d’une éducation de meilleure qualité, grâce à des classes moins chargées, un suivi plus individualisé et des environnements d’apprentissage améliorés, à condition que les systèmes éducatifs disposent des ressources adéquates. Les familles et les sociétés pourraient ainsi consacrer davantage de ressources à la santé, au bien-être et au développement du capital humain de chaque jeune, contribuant à de meilleurs résultats à long terme.

Dans ce contexte de mutation socio-économique, les gouvernements et les collectivités ont une opportunité d améliorer la qualité, l’accessibilité et l’efficience des services de santé, notamment dans des domaines de plus en plus préoccupants comme la santé mentale. En investissant dans le dépistage précoce, la prévention et le traitement de troubles tels que la dépression, l’anxiété, les troubles causés par la consommation de stupéfiants et les traumatismes – principaux facteurs de mauvaise santé chez les jeunes de 15 à 24 ans dans de nombreux pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure .

Une population jeune moins nombreuse peut également offrir des perspectives de développement plus durable sur le plan environnemental. Avec un ralentissement de la croissance démographique, les pays pourraient subir une pression moindre sur leurs ressources naturelles, notamment les terres, l’eau et l’énergie, ce qui permettrait des investissements plus ciblés dans la conservation, les énergies renouvelables et les infrastructures durables (Nations Unies, 2021). De plus, grâce à des ressources plus importantes par habitant, les gouvernement pourraient accroître la mise en œuvre des programmes intégrant l’éducation à l’environnement dans les cursus scolaires, favoriser l’engagement des jeunes dans l’action climatique et encourager des pratiques de consommation et de production durables. En harmonisant les évolutions démographiques avec les priorités environnementales, les pays peuvent renforcer leur résilience face aux changements climatiques, promouvoir la conservation de la biodiversité.

Néanmoins, le déclin rapide de la population jeune peut également poser des défis, notamment une pénurie potentielle de jeunes travailleurs, un ralentissement du dynamisme économique et une diminution de la capacité d’innovation qui pourraient entraver la croissance à long terme. Pour relever ces défis, les politiques publiques doivent encourager le renforcement du capital humain par la formation continue, la requalification et le perfectionnement des compétences, ainsi que l’exploitation des technologies de pointe (robotique, l’automatisation, l’intelligence artificielle etc.) afin préserver la productivité et Le potentiel l’innovation .

Pour que le capital humain collectif bénéficie des connaissances de tous, ces politiques doivent inclure tous les publics, notamment ceux qui sont habituellement exclus comme les femmes, les personnes âgées et les personnes handicapées…

Parallèlement, l’alignement de ces stratégies sur les transitions énergétique, écologique et numérique peut créer des opportunités économiques durables pour les jeunes générations, notamment dans des industries et des services respectueux du climat et de l’entrepreneuriat.

Dans certains pays, l’immigration peut contribuer à atténuer les pénuries de main-d’œuvre liées au déclin démographique des jeunes, du moins à court terme. Dans plusieurs pays à revenu élevé, les migrants internationaux représentent déjà une part importante de la population âgée de 15 à 24 ans. L’Australie, la Nouvelle-Zélande et plusieurs pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG) figurent parmi ceux qui comptent les proportions les plus élevées de jeunes migrants. Dans les pays confrontés au vieillissement de leur population, les jeunes travailleurs migrants peuvent contribuer à diminuer certaines des pressions économiques liées à la diminution de la population active, par l’élargissement de l’assiette fiscale, l’allégement de la pression sur les systèmes de retraite. Cependant, le montant de ces ressources dépend des politiques nationales et des conditions du marché du travail des migrants : accès à un emploi formel, protection de leurs droits, reconnaissance de leurs compétences et possibilités de progression professionnelle.

Pour les jeunes migrants eux-mêmes, acquérir une expérience professionnelle à l’étranger peut élargir leurs perspectives d’emploi décent et améliorer leurs perspectives d’emploi, tant à l’international qu’à leur retour dans leur pays d’origine, en particulier lorsque des voies de migration sûres, régulières et bien encadrées existent. Cependant, les résultats sont très variables car certains jeunes migrants sont confrontés à des obstacles tels que la précarité de l’emploi, la discrimination ou un accès limité à la protection sociale.

En conclusion

L’évolution de la taille, de la structure et de la répartition spatiale des populations jeunes redessine les trajectoires de développement à l’échelle mondiale, engendrant des défis et des opportunités économiques, sociaux et environnementaux inédits.

On l’a vu, les enjeux sont différents selon qu’un pays voit sa population croître ou décliner. Quoi qu’il en soit, partout dans le monde, les jeunes revendiquent de plus en plus leur droit de participer aux décisions qui les concernent, apportant ainsi innovation, créativité et responsabilité à la gouvernance nationale. Souvent à l’avant-garde des réformes sociales et institutionnelles, ils militent pour des améliorations dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’égalité des genres, de la protection de l’environnement et des systèmes de gouvernance, afin de bâtir des sociétés résilientes, inclusives et durables.

En investissant stratégiquement dans la jeunesse et en adaptant leurs politiques aux réalités démographiques, les pays peuvent atténuer les risques, saisir les opportunités et garantir la pleine contribution des jeunes au développement durable et à la cohésion sociale à long terme.

Principales références

  • World Population Highlights 2026: Youth, United Nations (2026)
  • World Population Prospects 2024: Summary of Results. United Nations (2024)
  • International Migration and Sustainable Development. United Nations (2024)
  • Navigating the Future: Skills and Jobs in the Green and Digital Transitions, International Labour Organization (2024)
  • Global Employment Trends for Youth 2024: Decent work, brighter futures, International Labour Organization (2024).
  • World Social Report 2023. Leaving No One Behind In An Ageing World. United Nations.(2023)
  • Reimagining our futures together: A new social contract for education. UNESCO (2021)

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