L’océan dans tous ses états

© Australian Institute of Marine Science


Accumulation de chaleur, hausse de la température de surface, accroissement de l’acidité, pollution, perte de la biodiversité, élévation du niveau des mers… les océans sont en danger. Partout sur le globe, ils sont de plus en plus sévèrement affectés par les activités humaines, comme le constate le dernier rapport du programme européen Copernicus Marine.

Changements les plus significatifs

Réchauffement

Depuis qu’elle est mesurée par satellite en 1982 la température de surface moyenne des océans n’a cessé d’augmenter pour atteindre un niveau sans précédent en 2024 : 21°C. Derrière cette moyenne on observe des records alarmants : de mai 2022 à janvier 2023, la température de la Méditerranée a dépassé les normales de 4,3 °C ; en 2023 la température de l’Atlantique nord a dépassé 20¨C soit 0,7°C de plus que sa valeur normale.

L’élévation des température traduit l’accumulation d’énergie calorifique liée au réchauffement de l’atmosphère car l’océan absorbe 90 % de la chaleur généré par les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. Ainsi la contenance thermique des océans s’accroît d’environ 0,14 W/m² par décennie depuis 1960.

Acidification

Les océans absorbent près de 30 % du dioxyde de carbone (CO2) que nous produisons. Une fois dissous le CO2 forme de l’acide carbonique (H2CO3) qui relâche des ions hydrogène (H+) ce qui abaisse le pH. Une étude publiée en 2023 estime que, de 1950 à 2021, le pH des eaux superficielles des océans est passée de 8,15 à 8,05.

Depuis 1985, l’acidité des eaux de l’Atlantique nord a augmenté de 16,5 %. Cela réduit la capacité de nombreuses espèces de coraux, de mollusques et de crustacés à fabriquer leurs coquilles et squelettes.

Diminution de l’étendue de la glace de mer

La glace de mer recouvre environ 12 % des océans. Elle ne persiste que dans les deux régions polaires (banquise arctique au nord, sur l’océan Arctique ; banquise antarctique sur le sud de l’océan Austral).

En mars 2025, l’étendue de la glace de mer en Arctique était inférieure de 1,2 million de kilomètres carrés (Mkm2) à la moyenne hivernale de long terme, soit l’équivalent de plus de deux fois la superficie de la France métropolitaine. En février 2025, l’étendue dans l’Antarctique était inférieure de 0,6 Mkm2 à la moyenne de long terme, soit près de deux fois la superficie de la Pologne.

Effets sur les écosystèmes

Les modifications des caractéristiques physiques et chimiques des océans ont de nombreuses répercussions sur les écosystèmes. Ainsi :

  • la canicule méditerranéenne de 2023 a provoqué la proliférations d’espèces invasives comme 1/ le crabe bleu qui a causé la destruction de plus 75 % de la production de palourdes dans la plaine du Pô, 2/ le vers de feu qui ont conduit à la ruine plusieurs pêcheries en Sicile.
  • Le réchauffement de l’eau modifie les limites des zones biophysiques de l’océan que sont les espaces dont les caractéristiques écologiques sont similaires, notamment pour le micronecton, un groupe d’organismes de 2 à 20 centimètres indispensable maillon de la chaîne alimentaire marine. Au cours des vingt-cinq dernières années, les limites de ces zones se sont globalement déplacées vers les pôles. La surface des zones côtières riches en vie marine par la remontée d’eaux froides riches en nutriments (l’upwelling) a diminué notamment le long des côtes ouest-africaines et latino-américaines).
  • Le recul de la glace de mer au niveaux des pôles prive de nombreuses espèce d’habitat (phoques, pingouins, manchots, ours…). Il a aussi pour effet de diminuer le pouvoir réfléchissant de l’énergie lumineuse (albédo) de ces régions, ce qui accentue le réchauffement du climat.
  • Les déchets en plastiques de toute taille (8 millions de tonnes par an) sont également une menace qui touche tous les bassins. 75 % des plus grands émetteurs de plastique sont voisins des récifs coralliens de la zone Asie-Pacifique qui sont gravement pollués (privation de lumière et d’oxygène, contamination par des toxines,…)

Impact socio-économique

La dilatation thermique des océans ainsi que le dégel de la cryosphère se traduisent par une élévation du niveau de la mer qui a augmenté de 22,8 cm de 1901 à 2024.

Pour les seules côtes européennes 220 millions personnes sont concernées par l’érosion du littoral qui menace aussi d’inonder 70 sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le réchauffement des eaux côtières a un impact significatif sur l’économie de ces régions :

  • En 2024 le réchauffement des eaux de l’Atlantique nord a touché 17 espaces abritant 17 % des élevages conchylicoles européens.
  • Cette canicule a affecté des pays où 40 à 80 % des emplois de l’économie directement et indirectement liée à l’océan (tourisme, pêche, transport maritime local,…).
  • Plus généralement la destruction des habitats marins ou/et la prolifération d’espèces invasives peuvent fortement impacter le tourisme côtier et marin, en réduisant l’attractivité des sites et en dégradant les paysages.

En conclusion

Des fosses du Pacifique aux murs de vagues du Cap Horn, des eaux chaudes de l’Équateur aux rives glacées du Groenland, l’état des océans est partout préoccupant, c’est le moins qu’on puisse dire.

La pollution, la perte de biodiversité et le changement climatique n’ont pas de frontières : la triple crise planétaire que subissent les océans menace sa flore, sa faune et leurs écosystèmes et, par suite, la pérennité des activités humaines liée à la géographie côtière et à l’économie marine.

Il y a là autant de raisons pour mener des politiques environnementales et climatiques volontaristes et coordonnées à l’échelle européenne et mondiale.

Principale référence : 9th edition of the EU Copernicus Ocean State Report (2025)

Cet article a également été publié sur le site Educavox https://educavox.fr/formation/analyse/l-ocean-dans-tous-ses-etats

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10 thoughts on “L’océan dans tous ses états”

  1. L’océan va mal. Une alerte de plus.
    Avait-on réellement besoin d’une étude supplémentaire pour le savoir ?
    J’en suis conscient et cela fait plusieurs dizaines d’années que diverses personnalités nous alertent.
    Déjà Cousteau, à l’époque, nous avertissait très clairement.
    Et il n’y a pas que l’océan qui va mal, d’autres périls sont à y ajouter.
    Mais l’Homme s’obstine et continue sa course en avant, rien n’y fait.
    J’ai beau lire l’article, qui ne fera que me convaincre davantage, l’océan et le monde iront toujours de plus en plus mal tant que l’Homme aura envie d’argent.

    C’est lamentable, nous courons à notre perte, mais l’humanité, dans son immense majorité, fera tout ce qui est en son pouvoir pour courir à sa perte.

  2. Je tiens à vous féliciter pour cet excellent exposé, Monsieur Drouet ! Vous traitez adéquatement l’ensemble des inconvénients dont nous devrons subir les conséquences ! Il m’est difficile de comprendre que personne ne semble s’inquiéter que les immeubles situés près des océans et/ou dans les pays bas, seront inondés et n’auront aucune valeur d’ici peu ! Pourtant, c’est tout à fait évident ! Et les conséquences seront catastrophiques !

  3. Arrêtez avec ce catastrophisme chimérique de surcroît sur des faits bidons sur lesquels vous vous savez incapables d’agir. Il est tellement prétentieux de se croire être à l’origine du changement climatique voir de la destruction de cette grande planète qu’on aime se complaindre à chialer en se donnant bonne conscience et limite donneur de leçons eclairé en mode lanceur d’alerte. Marre de ces infos pseudo scientifiques bidons qui portent en accusation le CO2. Sérieusement, si ce gaz vous cause problème, arrêtez de respirer, vous n’en produirez plus pour “sauver la planète”

    1. Les effets du CO2 ont été démontré par un groupe de plus de 1000 experts scientifiques internationaux et cela a été publié par le GIEC en 2022.
      Le respiration des êtres humains représentent moins de 0,5% des émissions totales de CO2 dans le monde.

      1. Le GIEC avec ses études de confirmation qu’il trie avant publication ? Vous êtes naïf de croire en des gens qui sont obligés d’apporter les preuves de la nécessité de leurs emplois

        1. Cet article a été rédigé sur la base d’informations publiées par Copernicus qui est le programme d’observation de la Terre de l’Union européenne.
          Ce programme est coordonné et géré par la Commission européenne. Il est mis en œuvre en partenariat avec les États membres de l’UE, l’Agence spatiale européenne (ESA), l’Organisation européenne pour l’exploitation des satellites météorologiques (EUMETSAT), le Centre européen de prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF), les agences de l’UE et Mercator Océan. Ni le GIEC ni l’ONU ne sont partie prenante de ce partenariat

    2. Je découvre votre commentaire Cher Monsieur Saint James Terre qui ne dit pas clairement votre nom. . Libre à vous d’être négationiste; Mais votre croyance ne changera rienà la réalité des faits. Ce qu’elle fait de néfaste, en revanche, c’est de ralentir les mesures à prendre. Mais vous en ferez les frais comme les autres.

  4. Oui, il n’y a pas que l’océan qui va mal (l’air que nous respirons, l’eau que nous buvons, les aliments
    que nous mangeons…). Le réchauffement climatique et ses effets sur les écosystèmes ne peuvent être niés (sauf si inculture scientifique, ou bon sens pragmatique). Les climato-sceptiques sont une espèce de gens à part (déconnectés, incultes et cupides…fléau mondial dont il sera difficile de se débarrasser).
    Que cet article réveille et éveille !

  5. Comme d’habitude, Xavier nous a habitué à des exposés brillants (garanti sans ChatGPT).
    Il est fait référence aux statistiques sur l’évolution des températures de surface (recueillies notamment grâce aux moyens d’observation spatiale.
    Connaître aussi l’évolution des températures en profondeur est essentiel.
    Citons par exemple les modélisations qui prévoient un affaiblissement du courant océanique de l’Atlantique (AMOC – Atlantic meridional overturning circulation) avec des répercussions possibles sur le climat de l’Europe.
    C’est aussi vers le mégacourant circumpolaire de l’Antarctique (le plus puissant de la planète) que se tournent les inquiétudes des scientifiques. D’ici 2050, son intensité pourrait diminuer de façon drastique, selon différentes études modélisant la façon dont la fonte des calottes glaciaires pourrait modifier son débit. J’avais fait sur ce sujet au printemps dernier une “news” dans le bulletin de veille interne de la Région Normandie. 🙂

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