
Le dérèglement climatique auquel nous faisons face entraîne des changements majeurs, tels que l’augmentation des températures (atmosphère, océans), le dégel de la cryosphère, l’élévation du niveau de la mer, ainsi que des sécheresses, inondations et d’autres catastrophes comme les tempêtes ou les ouragans.
Ces phénomènes impactent directement ou indirectement l’écosystème de nombreuses espèces et leur capacité à pourvoir à leurs besoins. Quand les conditions environnementales deviennent insoutenables, des populations entières doivent souvent quitter leur lieu de vie pour aller vers des régions plus sûres.
Chez les êtres humains ces mouvements de populations sont volontaires ou forcés selon la gravité de la situation, d’autant que le changement climatique aggrave aussi la pauvreté et qu’il peut exacerber des conflits existants.
Migration climatique, de quoi parle-t-on ?
Il y a migration climatique,
quand le déplacement temporaire ou définitif de personnes en danger résulte des effets du changement climatique (sécheresse, fonte du pergélisol,…) ou d’événements météorologiques extrêmes (canicule, inondation, ouragan, incendie…)
Ces migrations climatiques frappent surtout des pays en développement (Pakistan, Philippines, Nigeria…). Les nations industrialisées ne sont pas épargnées (Chine, Inde, Canada, Alaska…). Les communautés qui vivent de l’agriculture ou de la pêche sont les plus exposées et les migrants climatiques se déplacent souvent vers des centres urbains.
Toutes les espèces migrent
Qu’ils soient terrestres ou aquatiques tous les être vivants (mammifères, oiseaux, amphibiens, poissons, insectes, végétaux) sont capable de migrer. Les mouvements les plus connus sont les migrations saisonnières des oiseaux.
Avec le dérèglement climatique on observe des migrations « de survie » causées par la réduction des habitats, de l’accès à l’eau ou à la nourriture. Si le panda géant ou l’ours polaire sont des exemples emblématiques ont peut également citer l’orang-outan de Sumatra, l’éléphant d’Afrique, la baleine bleue, le papillon monarque, le syrphe ceinturé, la gentiane des Alpes , le pin maritime.
Pour les végétaux la température et l’humidité ne sont pas les seuls facteurs de migration . Une étude récente a montré qu’en Europe deux tiers des espèces forestières se sont déplacées sous l’effet de l’activité humaine (pollution atmosphérique).
Plus généralement, si la modification climatique des écosystèmes est la cause principale des migrations, elle est souvent associée à d’autres causes (économiques, politiques, etc.)
De la Préhistoire à nos jours
Avant le dérèglement climatique d’origine anthropique
Depuis la nuit des temps, l’Homme a migré ou a pu migrer pour des raisons environnementales.
- La vague migratoire d’homo sapiens de l’Afrique vers le Moyen-Orient (et le reste du monde) d’il y a 60.000 ans est vraisemblablement liée à des épisodes de sécheresse et les migrants ont pu franchir le étroit de Bab-el-Mandeb car le niveau de la mer était 70 m plus pas que maintenant.
- Il y a 19 000 ans des populations sibériennes ont pu franchir le détroit de Béring pris par les glaces pour atteindre l’Alaska.
- Le petit optimum climatique médiéval (du Xème au XIVème siècle) aurait permis le peuplement de la Polynésie depuis l’Amérique du Sud grâce à des conditions maritimes favorables.
Avec la développement industriel,
le facteur économique s’ajoute à la cause climatique des migrations, pour exemples :
- La prolifération du mildiou iée à l’humidité du climat à provoqué la « grande famine » qui a frappé l’Irlande entre 1845 et 1852 et poussé 1,5 millions d’Irlandais à quitter leur île.
- Dans les années 1930 aux États-Unis, une série de tempêtes de sable (Dust Bowl), provoquées par plusieurs années de sécheresse, a entraîné un exode rural de 3 millions de personnes NB Cette migration est évoquée par Joseph Steinbeck dans « les raisins de la colère ».
- Une grave sécheresse survenue en 2021 et 2022 en Somalie a conduit 1,5 million de personnes à quitter leur foyer pour des camps de déplacés.
- En 2022, deux incendies majeurs dans le département de la Gironde ont causé l’évacuation et le déplacement de 38 000 personnes.
D’après l’Observatoire des migrations internes, les cinq pays les plus touchés par les phénomènes climatiques extrême en 2022 étaient le Pakistan, les Philippines, la Chine, l’Inde et le Nigeria.
Migrations climatiques aujourd’hui
Avec les conflits, le dérèglement climatique est la principale cause de migrations et de déplacements de population.
On compte actuellement près de 120 millions de personnes déplacées de force dans le monde et plus 83 millions d’entre elles sont déplacées DANS leur pays de résidence.
En 2024 près de 46 millions de nouveaux déplacements étaient liés à des catastrophes climatiques, c’est presque le double de la moyenne annuelle observée au cours de la dernière décennie. Les cyclones sont la cause de plus de la moitié de ces mouvements.
Bien que la majorité des personnes touchées ont pu retourner chez elles dans les mois qui ont suivi leur déplacement, près de 10 millions restaient déplacées à la fin de l’année, un chiffre en hausse de près d’un tiers par rapport à 2023. En cinq ans, ce total a plus que doublé.
Les États-Unis, régulièrement affectés par des incendies, inondations et tempêtes, représentent près du quart de ces déplacements liés aux catastrophes naturelles. Les États-Unis font partie des 30 pays qui ont recensé le plus grand nombre de déplacements ; on y trouve l’Afghanistan (1,3 million) et le Tchad (1,2 million) qui représentent à eux deux 25 % du total.
Migrations climatiques : mythes et réalités
Le rapport entre migrations (ou/et déplacements) et climat doit être analysées à l’échelle globale et sur le temps long pour répondre par les faits aux idées reçues qui simplifient la réalité à outrance.
Les personnes qui fuient le changement climatique dans les pays du Sud vont massivement vers les pays développés
C’est loin d’être une généralité. La majorité des personnes forcées de fuir en raison de catastrophes liées au climat se déplacent à l’intérieur de leur propre pays. En 2022, par exemple, les seuls évènement extrêmes ont provoqué 32,6 millions de déplacements internes, dont 98 % ont été causés par des risques météorologiques.
De plus lorsqu’ils quittent leur pays 70 % des réfugiés vivent dans des pays voisins du leur. Qu’ils fuient un danger climatique ou un conflit, les migrants préfèrent rester le plus près possible de leur foyer et de leur famille.
En 2024 on a observé le nombre le plus élevé de réfugiés réinstallés dans des pays tiers depuis plus de 40 ans (188 800). En outre, près de 88 900 réfugiés ont obtenu la citoyenneté de leur pays d’accueil ou se sont vu accorder le statut de résident permanent en 2024. C’est respectivement 0,4 % et 0,2 % des populations déplacées.
Les personnes déplacées par le changement climatique sont des « réfugiés climatiques »
C’est un abus de langage : l’expression « réfugiés climatiques » n’est pas formellement reconnue en droit international. La Convention de Genève (1951) relative au statut des réfugiés n’offre une protection qu’aux personnes fuyant la guerre, la violence, les conflits ou les persécutions et qui ont franchi une frontière internationale pour trouver la sécurité.
Des textes régionaux sur les réfugiés peuvent aussi offrir une protection. Ainsi la Convention de l’Organisation de l’unité africaine et la Déclaration de Carthagène pour l’Amérique latine incluent dans leur définition d’un réfugié les personnes cherchant refuge en raison d’événements « troublant gravement l’ordre public », ce qui pourrait inclure les événements liés au climat.
Les « déplacements liés au climat » ne concernent que les personnes fuyant des manifestations météorologiques extrêmes
Outre les déplacements directement imputables à des conditions météorologiques extrêmes, le changement climatique accroît les menaces : il amplifie l’impact d’autres facteurs contribuant aux déplacements (tels que la pauvreté, la perte des moyens de subsistance et concurrence sur les ressources). Cela génère des conditions susceptibles de conduire à des conflits qui motiveront des déplacements.
On peut prédire le nombre de personnes qui seront déplacées de force par le changement climatique
Il est très difficile de déterminer précisément le nombre de personnes qui seront déplacées à l’avenir, car cela dépendra en grande partie des mesures que nous prenons et qu’il convient de renforcer pour limiter l’augmentation de la température mondiale et nous adapter à l’évolution du climat.
D’après le GIEC, en 2050 plus d’un milliard de personnes dans le monde pourraient être exposées à des risques climatiques, tels que l’élévation du niveau de la mer, les inondations, les sécheresses et autres catastrophes naturelles. Selon la Banque Mondiale, sans actions pour réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre, on estime que près de 216 millions de personnes devront se déplacer à l’intérieur de leur pays d’ici 2050.
Il est trop tard pour agir afin de prévenir les déplacements liés au changement climatique
Le dérèglement climatique est une douloureuse réalité et, en 2025, la température mondiale moyenne dépasse de 1,42°C sa valeur de l’époque préindustrielle. Cependant il est encore temps d’agir pour réduire fortement les émissions de gaz à effet de serre afin de minimiser le réchauffement de la planète et pour investir dans l’adaptation qui augmente la résilience des populations vulnérables et réduire le risque que des personnes soient déplacées ou subissent d’autres conséquences délétères.
En conclusion
Ceux qui tiennent, à tort, le nouveau discours appelé « Ecofrontiérisme », qui décrit les migrants climatiques comme une menace, oublient qu’ils sont eux-même victimes du changement climatique.
A condition de le vouloir partout dans le monde, nous pouvons aider toutes les populations à mieux se préparer aux phénomènes météorologiques extrêmes et à s’adapter au changement du climat afin de leur épargner des déplacements pénibles.
Nous pouvons également agir pour prévenir d’autres causes profondes des déplacements qui sont amplifiées par le changement climatique, telles que la pauvreté, l’inégalité et la violence.
Références
- Internal Displacement Monitoring Centre Report – UN Climate (2025)
- Global Trends forced displacement in 2024 – UNHCR (2025)
- Unexpected westward range shifts in European forest plants link to nitrogen deposition. Pieter Sanczuk, Kris Verheyen, Jonathan Lenoir, et al. Science, (octobre 2024)
- Changement climatique et déplacements : les mythes et les faits – Kristy Siegfried, UNHCR (2023)
- Sixth Assessment Report – IPCC (2021-2023)
- Migration environnementale – Observatoire des migrations internes (2022)
- Atlas des migrations dans le monde – Editions Armand Colin (2022)
- Groundswell report – World Bank Group (2021)
- Impacts du changement climatique sur les espèces – WWF (2015)
Vous avez pu lire cet article rédigé sans recours à l’intelligence artificielle et naviguer sur le site sans être incommodé par de la publicité, des textes sponsorisés ou du traçage commercial alors que la rédaction des publications de ce blog demande un important travail de documentation et le recours à de nombreuses sources d’informations qui ne sont pas gratuites. Pour soutenir cette politique et permettre au blog de progresser avec plus d'illustrations didactiques : images et schémas animé(e)s ou non,c’est ICI
Le climat a bon dos pour occulter la responsabilité des gouvernants qui “oublient ” de s’occuper de l’économie agricole et de production, d’assurer des conditions de vie décentes à la population, santé, biens essentiels, éducation, citoyenneté et de valoriser les potentialités des territoires ! C’est aussi vrai chez nous… Merci pour cet article et bonne année !
On peut épiloguer à l’infini sur le “qui (a) fait quoi hier ou aujourd’hui dans le dérèglement climatique.
Ce sont les effets du changement climatique qu’ils faut prévenir sans délai dans TOUS les secteurs de l’économie PARTOUT dans le monde.
Merci pour ces précisions et éclairages utiles sur ces questions cruciales. IL est vrai que l’on a trop attendu pour agir sur le dérèglement climatique et que dans le meilleurs des cas, il faudra s’adapter et accueillir autant que possible ceux qui subissent encore plus les effets de ces changements.
Le “Déréglement Climatique” résulte de l’activité humaine voulant
trop dominer la nature, pour son propre intérêt (les gouvernants
n’étant pas exclus !). Cela entraîne des migrations (diverses et variées)
affectant toutes les espèces peuplant la Terre. C’est triste, mais c’est ainsi.
Seule, l’honnêteté pourra éviter cette dérive !
Merci pour cette intéressante analyse.
Sans disposer de chiffres pour étayer mon sentiment, je fais une grande différence entre les déplacés suite à des inondations ou des incendies dans des pays avancés, et les déplacés des pays pauvres souvent en raison de conflits (Mali, Soudan, Erythrée, diverses régions du moyen orient, etc.) ou d’effets climatiques. Les premiers retrouveront rapidement leur domicile et leur mode de vie. Pour les autres, c’est infiniment plus compliqué! et souvent bien plus long, dans des conditions de vie abominables. Le Bangla Desh, pays très peuplé, sera durement touché par l’élévation du niveau de la mer, et les déplacements seront quasi-définitifs. Un dommage infiniment plus grave que celui auquel les californiens se sont trouvés exposés l’été dernier.
Mais je confirme tout l’intérêt que j’ai trouvé à la lecture de votre étude.
En France, pays avancé :
-la tempête Xynthia de décembre 1999 a conduit à la destruction de centaines de maisons et plusieurs milliers de personnes ont définitivement quitté la zone sinistrée (Vendée, Charente),
-les incendies de 2022 en Gronde ont provoqué le départ définitif de milliers de personnes à cause de la destruction totale de près de 21.000 ha de forêt,
– …