
La production mondiale des pêches et de l’aquaculture a atteint un niveau élevé record mais l’accès aux produits alimentaires issus d’animaux aquatiques reste inégal.
Bien que la disponibilité mondiale de ces produits continue d’augmenter plus vite que la population, contribuant ainsi nettement à améliorer la nutrition, on constate dans certaines régions, que la disponibilité par habitant reste largement inférieure à la moyenne mondiale notamment en Afrique.
Pour que cette croissance ait des résultats positifs, il faudra concilier l’expansion des productions avec la viabilité écologique et l’utilisation efficace des ressources.
Produits aquatiques aujourd’hui : tonnages et origines
La production mondiale des pêches et de l’aquaculture a atteint 235 millions de tonnes en 2024 (FAO). Ce nouveau record montre que ce secteur renforce sa place dans l’alimentation de la population mondiale : les échanges commerciaux des produits aquatiques représentent près de 10 % du commerce agricole total (hors sylviculture)
La production et la capture d’animaux aquatiques s’est établie à 195 millions de tonnes (2024). Elle ne cesse d’augmenter depuis des décennies : son taux de croissance annuel moyen de 3,2 pour cent depuis 1950. Avec 89 %de la production destinée à la consommation humaine, ces animaux aquatiques jouent une rôle significatif dans l’alimentation à laquelle elle apporte 21 kg par an.
Aquaculture
Le développement de l’aquaculture est le principal ressort de la croissance des productions alimentaires aquatiques.
La production aquacole mondiale d’animaux aquatiques et d’algues a atteint 142 millions de tonnes en 2024, dont 103 millions de tonnes d’animaux aquatiques ce qui représente 53 % de la production mondiale d’animaux aquatiques et plus de 59 % des produits alimentaires issus d’animaux aquatiques destinés à la consommation humaine.
La production aquacole concentrée. Avec 89 %du total, l’Asie arrive en tête, suivie de
l’Amérique latine et des Caraïbes (4%), de l’Europe (3 %), de l’Afrique (2 %) et de l’Amérique du
Nord (1 %).
Des continents comme l’Afrique, recèlent un important potentiel inexploité qui pourrait être développé pour améliorer la sécurité alimentaire et la nutrition sur leurs territoires à condition que l’expansion de l’aquaculture à une plus grande échelle bénéficie d’un appui technique et d’investissements adaptés qui sont indispensable à une développement das des conditions sanitaires et environnementales satisfaisantes.
Actuellement les cinq principaux pays producteurs ; Chine, Inde, Indonésie, Vietnam et Bangladesh représentent 82 pour cent du total de la production aquacole mondiale.
Les systèmes en eau douce sont les plus utilisés et produisent 64 millions de tonnes d’animaux versus 38 millions de tonnes pour les systèmes marins et côtiers.
Pêche
La production mondiale des pêches de capture reste stable, mais l’évolution des stocks halieutiques est inquiétante comme on le verra un peu plus loin.
En 2024, la production des pêches de capture s’est élevée à 92 millions de tonnes (hors algues), conforme à la tendance de long terme qui la fait varier entre 86 et 94 millions de tonnes depuis la fin des années 1980.
Les pêches de capture marines demeurent la principale ressource avec environ 80 millions de tonnes capturées. En première position, la Chine représente 15 % des prises mondiales. Elle est suivie par l’Indonésie (9 %), le Pérou (7 %), la Russie (6 %) et l’Inde (5 %). Ces cinq pays représentent 42 % du total des prises en mer.
Les poissons représentent environ 85 % de la production totale d’animaux aquatiques issus des pêches de capture marines, avec en tête l’anchois, suivi du lieu d’Alaska et du thon listao.
La pêche continentale a atteint en 2024 un niveau record de 12,3 millions de tonnes en progression de plus de 5 % par rapport à la moyenne des trois années précédentes.
Cette croissance s’explique par de fortes augmentations de la production, dans des pays comme l’Inde, le Bangladesh et la République-Unie de Tanzanie, où la pêche continentale contribue significativement la sécurité alimentaire nationale.
Les cinq principaux producteurs d’animaux aquatiques en eaux continentales (Inde, Bangladesh, Chine, Myanmar et Ouganda) représentent 51 pour cent du total. Les trois principaux groupes d’espèces d’eau douce sont les carpes, barbeaux et autres cyprinidés (2 millions de tonnes), les tilapias et autres cichlidés (0,9 million de tonnes) et les aloses (0,3 million de tonnes).
Inquiétudes sur l’état des ressources halieutiques
La part des stocks halieutiques marins mondiaux exploités à un niveau biologiquement viable est tombée à 62,4 pour cent en 2023, soit une baisse de 2,1 points de pourcentage par rapport à 2021. Ceci s’explique en majeure partie par une détérioration de la viabilité dans certaines régions. Dit autrement, la plupart des espèces les plus consommées sont au maximum de l’exploitation voire surexploitées
Au niveau régional,
- plusieurs zones ont conservé des taux élevés de stocks viables, reflétant la mise en œuvre continue de systèmes de gestion raisonnés et de stratégies de pêche reposant sur le principe de durabilité. Comme dans le Pacifique Nord‑Est où 92,7 % des stocks sont exploités de manière viable.
- à l’inverse, les zones confrontées à une forte pression de pêche continuent de faire face à des difficultés persistantes. La surpêche met alors en péril les moyens de subsistance des communautés qui en dépendent, comme au large du Sénégal et de la Mauritanie, avec la surexploitation des stocks de petits pélagiques comme la sardinelle.
On voit là qu’il y a urgence à mettre en place des systèmes coordonnés et efficaces de collecte, évaluation et gestion des données sur les pêches, afin de préserver les ressources halieutiques et de soutenir leur durabilité à long terme.
Produits aquatiques et alimentation
Les produits alimentaires d’origine aquatique favorisent une alimentation saine et équilibrée en apportant des nutriments essentiels : protéines, des acides gras insaturés, minéraux.
En 2023, la disponibilité mondiale en aliments issus d’animaux aquatiques atteint environ 171 millions de tonnes (en équivalent poids vif). L’Asie en représente 74 %, l’Europe 9 %, l’Afrique 8 %, l’Amérique du Nord 5 %, l’Amérique latine et des Caraïbes 4 % et de l’Océanie 1 %. Les produits alimentaires issus d’animaux aquatiques représentaient au moins 20 pour cent de la disponibilité en protéines animales par habitant pour plus de 40 pour cent de la population mondiale montrant leur leur part significative pour la sécurité alimentaire et la nutrition humaine.
La place des produits alimentaires issus d’animaux aquatiques est particulièrement importante dans les pays à faible revenu, où ils constituent le plus souvent la source de protéines la plus abordable et la plus accessible. Ainsi, en Afrique, les aliments issus d’animaux aquatiques représentent environ 19 % de la disponibilité en protéines animales, soit le deuxième taux le plus élevé au monde.
Marché des produits aquatiques
Les ventes mondiales de produits aquatiques ont atteint 186 milliards de dollars en 2024, dont 184 milliards pour les produits d’origine animale* et 2 milliards pour les algues et autres produits. Cela représente 9 % du commerce agricole global et 1 % du commerce total de marchandises *On notera que la valeur des échanges de produits aquatiques d’origine animale est comparable à celle des échanges de viandes terrestres.
On estime à 65 millions le nombre de personnes employées à temps plein, à temps partiel, de manière occasionnelle ou dans des activités non précisées dans le secteur primaire des pêches et de l’aquaculture assurant les moyens de subsistance à plus de 600 millions de personnes (données 2024, FAO).
Plus d’un tiers de la production mondiale d’animaux aquatiques en poids a fait l’objet d’échanges internationaux, ce qui a permis de fournir ces aliments là où la production nationale était insuffisante. Cela montre aussi la forte intégration de ce secteur dans les marchés mondiaux.
Avec de tels volumes transportés, il convient de veiller à la traçabilité, à la sécurité sanitaire des aliments et à l’efficacité des systèmes de commerce (idéalement équitable), pour
améliorer la disponibilité en aliments nutritifs là où ils sont le plus nécessaires, tout en soutenant les moyens de subsistance le long de la chaîne de valeur aquatique.
Perspectives pour la prochaine décennie
Les perspectives 2024-2034 de la FAO pour les pêches et l’aquaculture prévoient une augmentation de la quantité totale mondiale de leurs production , à un rythme plus lent que celui des
décennies précédentes toutefois. La croissance sera principalement portée par l’aquaculture, et sa durabilité dépendra de l’efficacité économique et environnementale des conditions de production.
A l’horizon 2034 la production totale d’animaux aquatiques devrait atteindre 214 millions de tonnes, dont 119 millions de tonnes issues de l’aquaculture et 95 millions de tonnes de pêches de capture.
Plus de 90 pour cent de cette production devrait être disponible à la consommation humaine, avec une disponibilité mondiale par habitant de 21,9 kilogrammes. Cependant, cette augmentation ne sera pas répartie de manière uniforme : c’est en Afrique que le taux de croissance de la disponibilité en produits alimentaires issus d’animaux aquatiques (importées ou produites localement) devrait être le plus élevé. Néanmoins, la disponibilité par habitant devrait diminuer car la population augmentera vraisemblablement plus vite que l’offre.
Enjeux
Le dérèglement climatique, la dégradation de l’environnement, les chocs économiques et l’instabilité géopolitique ont une influence sur la durabilité et l’efficacité des systèmes alimentaires aquatiques.
Ces contraintes interdépendantes doivent être prises en compte en temps réel pour renseigner les projections futures relatives à la production alimentaire aquatique en tenant compte
du rythme de l’atténuation du réchauffement planétaire et en gérant d’indispensable mesures d’adaptation à ses effets sur les océans (température, acidité).
On ne peut faire l’économie de l’approfondissement des connaissances scientifiques et écosystémiques dans le domaine des pêches, pour reconstituer et maintenir les stocks halieutiques à un niveau viable et préserver les ressources aquatiques et les populations qui en dépendent dans un le cadre d’une gouvernance lucide.
En conclusion
L’innovation (technologique et sociale), les investissements et une gouvernance multilatérale sont indispensables pour maintenir la productivité des systèmes alimentaires aquatique respectueux de l’environnement. A défaut le développement de ces systèmes se limitera à une croissance comptable qui prévaudra sur l’équité et la durabilité des productions
Références
- The State of World Fisheries and Aquaculture 2026, FAO (2026)
- OECD‑FAO Agricultural Outlook 2026‑2035, OECD (2026)
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