
Lancée dans la compétition économique mondiale depuis plusieurs décennies, la Chine s’approche de la première place en terme de PIB et donne déjà le La sur de nombreux marchés comme l’énergie décarbonée et son stockage ou les véhicules électriques.
Sa croissance de 5 % en 2025, d’après les chiffres qu’elle publie, est supérieure à la croissance mondiale (3,2%), états-unienne (2,2%) et européenne (1,4%), tout en concentrant plus de 30 % de la production manufacturière globale.
L’excédent commercial de la Chine a atteint un montant record de mille milliards d’Euros en 2025 et le pays représente maintenant 20 % des exportations mondiales.
Toutefois ces chiffres impressionnants, qui témoignent de la course au leadership et traduisent une volonté de domination à l’échelle planétaire, ne doivent pas occulter une consommation intérieure en panne et une crise immobilière profonde qui sont les symptômes d’enjeux socio-économiques majeurs comme on le verra plus loin.
La longue marche vers la domination
Domination industrielle
Depuis la fin des années 1970 la République populaire de Chine (RPC) a déployé un système industriel complet et indépendant ainsi que des ressources scientifiques de haut niveau dont on mesure la performance aujourd’hui, pour exemples
- Sa part dans la production mondiale de panneaux solaires a atteint 70 %
- 80 % des batteries vendues dans le monde sont fabriquées en Chine et, si elles étaient toutes produites ailleurs, 90 % des matériaux qui les constituent sont produits en Chine
- La moitié % des voitures 100 % électriques sont fabriquées dans le monde le sont en Chine
- 90 % des drones civils vendus dans le monde viennent de Chine
- La RPC est le premier producteur mondial d’ingrédients vitaminés bruts, notamment la vitamine C (plus de 90 % du marché mondial) qui est utilisée comme additif alimentaire.
L’activité scientifique et technique est particulièrement dynamique et la Chine fait la course en tête avec 1,8 million de demandes de brevet dans le monde en 2024, loin devant les États-Unis d’Amérique (501 831) et le Japon (419 132).
Domination technologique
Depuis le début du siècle la Chine soutient une politique volontariste d’innovation en s’appuyant sur deux modèles
- 1/ entrepreneurial poussé par ses universités et les créateurs d’entreprises
- 2/ piloté par l’État-Parti dans un écosystème sous contrôle où innovations civiles et capacités militaires se renforcent mutuellement (aéronautique, semi-conducteurs, télécommunications, Intelligence artificielle…)
Les dirigeants chinois ne font pas mystère de prendre la première place dans le domaine de l’intelligence artificielle (IA). A cet égard le lancement de DeepSeek V4 quelques heures après la sortie de ChatGPT-5.5 le 23 avril dernier ne doit rien au hasard. Ce nouveau modèle open source d’IA chinois de 1,6 mille milliards de paramètres coûte 7 à 9 fois moins cher que ses concurrents américains et utilise des puces électroniques GPU produite par le groupe chinois Huawei.
Par ailleurs, les « Avis directeurs du Ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information sur le développement innovant des robots humanoïdes » publiés en 2023 déclarent que les robots humanoïdes sont susceptibles de devenir le prochain produit industriel disruptif après les ordinateurs, les smartphones et les véhicules électriques. En 2025 la société chinoise Unitree, leader dans ce domaine, a livré environ 5500 robots humanoïdes bipèdes (n’incluant pas ceux montés sur une base mobile sur roues) pour une production totale de 6500 exemplaires ; elle prévoit d’en vendre 10.000 à 20.000 unités en 2026.
Bien que la Chine dispose d’avantages réels — une électricité abondante, un vivier de talents très riche, une société et un État unis dans leur optimisme vis-à-vis de l’innovation technologique, les meilleurs chercheurs, ingénieurs et techniciens sont nombreux à vouloir quitter ce pays dont la politique ne correspond pas à leurs aspirations.
La Chine et le reste du monde
Avec la politique des nouvelles routes de la soie engagée en 2013 la Chine a conquis peu à peu de nombreux marchés et a garanti ses approvisionnements grâce à des partenariats bilatéraux en Asie, en Afrique en Europe et en Amérique Latine.
Cette hégémonie commerciale porte aussi sur les technologies numériques et mobilise des réseaux d’influence aussi puissant que sous-terrains.
Cette domination technologique est une manière de vivre sur le dos du monde en créant des dépendances grâce à une compétitivité prix imbattable et une stratégie commerciale agressive aidée par les subventions d’état de pans entiers de l’économie. Le reste du monde va t il continuer d’accepter l’invasion des produits et services chinois ? L’évolution des politiques douanières de L’Europe et des États-Unis montre que la tendance est plutôt à la résistance.
L’autre visage de l’économie chinoise
Économie déséquilibrée
Alors que le taux croissance dépassait fréquemment 10 % du PIB avant 2010, il ne cesse de baisser depuis 2011 pour atteindre 5 % en 2025
Depuis le Covid l’économie est fragilisé par une désinflation (appelée involution). Les prix à la production sont à la baisse à cause des surcapacités de production qui touchent de nombreux secteurs (transformation agroalimentaire, textile, acier, énergies propres, qui production d’automobiles fonctionnent à 50 % de sa capacité, …) On observe aussi des fermetures d’usines produisant des matériaux de construction ou des meubles, à cause du dégonflement de la bulle immobilière à partir de 2022.
Chine à deux vitesses
Il y a deux Chines aujourd’hui
-une Chine côtière qui compte 500 millions d’habitants où les rémunérations et le mode de vie sont comparable à ceux des pays occidentaux.
-une économie de l’intérieur pour plus de 800 millions de personnes qui vivent dans des régions en voie de développement avec des revenus significativement plus faibles (le salaire horaire d’un ouvrier chez chez le constructeur automobile BYD est de 1,49 dollars de l’heure).
Évolution du modèle économique
Avec la généralisation des process numériques et de l’automatisation tous azimuts, les productions nécessitent de moins en moins de main d’œuvre alors que la Chine a besoin de créeer 12 millions d’emploi pour les population issues de régions rurales et pour les jeunes en formation. L’activité des industries et services à fort contenu technologique suffira t elle à satisfaire ce besoin ? Rien n’est moins sûr.
Impact social et sociétal
Avec la progression du chômage, l’augmentation des plans sociaux et les difficultés pour les jeunes diplômés à trouver du travail, les Chinois ont peur de perdre leur emploi dans un contexte de faible protection sociale. Résultat : le taux d’épargne s’élève à 35 % et, malgré l’abandon de la politique de l’enfant unique et une politique familiale incitative, les Chinois ne font pas assez d’enfants. Avec un taux de fécondité de 1,0 le déséquilibre intergénérationnel s’accentue et le vieillissement de la population est tel que les ventes de couches culotte pour adulte a dépassé le marché des couches culottes pour bébés !
Une situation paradoxale émerge : de développement économique de la Chine, puissance industrielle majeure, s’accompagnera t il de suffisamment de créations d’emplois ?
Une étude menée par le cabinet de conseil américain Rodium Group a analysé les effets d’un changement de modèle qui passe d’un fort soutien à une activité industrielle ultra-productive à un investissement massif dans la recherche fondamentale et le développement dans les technologies de pointe comme l’IA, la robotique les drones…
A la question « ce modèle nouveau créera t il suffisamment d’emploi autant que ceux qui ont été perdus dans la construction immobilière et l’industrie manufacturière ? » la réponse est non. A valeur de ventes égale les secteurs « anciens » généraient 6 fois plus d’emplois que dans les secteurs émergents technologies avancées.
Pour y faire face l’ État-Parti a fait le pari qu’il y aura tellement de progrès de l’offre technologique que cela va booster la consommation de produits toujours plus innovants (smartphones, voitures,…) régulièrement remplacés par de nouvelles versions grâce à un marketing s’appuyant sur pop’ culture chinoise tournée vers la science fiction.
Mais les jeunes Chinois n’ont plus envie du modèle de domination technologique et de stimulation au consumérisme au prix un rythme de travail en « 996 » (de 9 h du matin à 9 h du soir, 6 jours par semaine). Ils préfèrent des métiers aux horaires allégés et réduire leur consommation.
L’ État-Parti chinois commence à prendre conscience de ce malaise qui s’étend dans une société qui accepte de moins en moins de ne pas recevoir les fruits de la compétition technologique effrénée avec les autres grandes puissances mondiales. Bien que le plan quinquennal 2026-2030 soit plus attentif aux attentes de la population et tente de mieux réponde à leur demandes, il reste un outil de pilotage de l’offre pour bâtir la première économie du monde. Or, stimuler la demande et/ou donner confiance en l’avenir ne se décrètent comme l’a montré l’échec du plan de relance de 2024.
Le taux d’épargne (moyen) de 35 % est le signe du pessimisme et des angoisses des chinois qui s’inquiètent pour leur retraite et leurs prestations de santé servies par un état providence beaucoup moins généreux que le notre. Cette épargne massive est aussi utilisée pour l’acquisition de logement dont les prix sont de plus en plus élevés notamment dans le grandes métropoles notamment Shangaï et Shenzen.
Restrictions
Les voyages à l’étranger sont contrôlés en amont. Les fonctionnaires (professeurs, médecins, …) et les cadres des entreprises doivent laisser leur passeport sur leur lieu de travail. Lorsque qu’ils ont l’intention de voyager les Chinois doivent demander l’autorisation à leur hiérarchie qui les questionnent pour en connaître les raisons avant d’imposer un conditionnement idéologique. A l’évidence l’ État-Parti n’a pas envie que ses citoyens aillent voir comment l‘on vit à l’étranger et limite ainsi les tentations d’émigration. Ces restrictions ne sont pas vraiment de nature à instaurer la confiance entre la population et les dirigeants de la RCP qui sont de moins en moins populaire voire honni chez les jeunes génération
En conclusion
Pour atteindre son objectif de devenir le numéro 1 mondial la Chine va devoir absorber des mutations dans son système socio-économique pour continuer de gérer une économie immensément prospère dans un pays qui voit sa population diminuer inexorablement.
Références
- China’s Next-Generation Industrial Policy, Rodium Group (2026)
- Perspectives économiques Volume 2025 Numéro 2, OCDE (2025)
- Global EV Outlook 2025,IEA (2025)
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