Productions animales au service de la sécurité alimentaire mondiale : avantages et contraintes.

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Les aliments issus d’élevages d’animaux domestiques constituent une part de plus en plus importante de l’alimentation de l’Homme depuis plus de dix mille ans.

Les produits alimentaires provenant d’animaux « terrestres » fournissent de l’énergie et des protéines ainsi que de nombreux nutriments comme les vitamines et minéraux essentiels, plus rares dans d’autres types d’aliments.

Pourtant, la malnutrition, sous toutes ses formes, est une préoccupation mondiale qui impacte la santé, le développement et l’économie des individus, des communautés et des nations.

Environ 8 % de la population mondiale (soit près de 660 millions de personnes) souffre de la faim et près de 2,7 milliards de Terriens n’ont pas les moyens de s’offrir une alimentation saine. Le Programme alimentaire Mondial (PAM) estime à 9 millions le nombre de personnes qui meurent de faim chaque année.

Par ailleurs, une personne sur trois est en surpoids ou obèse, près de 25 % des enfants de moins de cinq ans souffrent d’un retard de croissance et l’anémie touche plus d’un tiers des femmes dans le monde.

Si divers régimes alimentaires peuvent satisfaire les besoins nutritionnels de l’être humain, les produits d’origine animale, riches en nutriments sont de précieux constituants d’une alimentation saine.

Outre ces données sanitaires, on rappellera que la production d’aliments est une composante de l’économie mondiale en générant un PIB de 1.800 milliards de dollars en procurant directement ou indirectement des moyens de subsistance à des centaines de millions de personnes.

La production des élevages terrestres a décuplé en un demi siècle. Une telle croissance interpelle quant à son impact environnemental qu’il s’agisse d’occupation des sols, d’émission de gaz à effet de serre (GES), de propagation de zoonoses…

C’est l’ensemble de ces défis auxquels le secteur de l’élevage fait face pour maintenir une contribution utile à la sécurité alimentaire mondiale et leurs corollaires économiques, sociaux et environnementaux qui sont présentés dans cet article.

Élevage : chiffres et tendances

Le cheptel mondial est constitué de 5 milliards de têtes : 1,7 milliard de bovins, 2,2 milliards de ovins et caprins, 1 milliard de porcs, auxquelles is’ajoutent 25 milliards de têtes de volaille.

L’élevage mondial produit chaque année environ 330 millions de tonnes de viande, 830 millions de tonnes de lait et 90 millions de tonnes d’œufs.

A l’échelle planétaire, les systèmes de production animale fournissent 34 % des protéines destinées à l’alimentation humaine avec les disparités régionales allant de plus de 50% en Amérique du Nord et en Amérique du Sud, dans la majeure partie de l’Europe, en Australie et en Nouvelle-Zélande, à moins de 18 % en Afrique.

La croissance démographique, l’augmentation des revenus, le changement climatique, le marché du travail, les technologies, les changements d’affectation des terres et la concurrence, ainsi que les préoccupations sociétales telles que le bien-être animal, constituent les principaux facteurs influant sur la demande de produits d’origine animale qui a été multipliée par plus de quinze fois en 6 décennies et qui devrait suivre la progression de la production agricole mondiale estimée à 13 % d’ici dix ans par l’OCDE.

Cette croissance de la demande favorise l’intensification des systèmes mixtes cultures-élevage et entraîne une transition vers des systèmes de production animale fondés sur les monogastriques (porc, poulet), en raison de leur efficacité économique, de leur moindre emprise foncière et de la baisse de la disponibilité de la main-d’œuvre dans les zones rurales.

Contribution des systèmes de production animale à la viabilité économique des systèmes agroalimentaires

Données macro-économiques

Partout sur la planète le secteur de l’élevage contribue de manière significative aux économies tant formelles qu’informelles : il représentent 40 % du PIB agricole mondial, soit une valeur estimée à 1 800 milliards de dollars, avec des variations notables selon les régions. Ce secteur joue un rôle clé dans la génération de revenus et la réduction de la pauvreté, constituant la principale source de revenus des ménages ruraux.

À l’échelle mondiale, environ 1,3 milliard de personnes dépendent directement ou indirectement de l’élevage. Ce chiffre inclut 600 millions de petits éleveurs, dont près de 100 millions pratiquent le pastoralisme. La répartition mondiale des systèmes de production animale est très diversifiée et hétérogène, reflétant la grande variété des contextes socio-économiques, agroécologiques et alimentaires.

Près de la moitié des personnes vivant dans l’extrême pauvreté* dépendent de l’élevage. La plupart d’entre elles se trouvent en Afrique subsaharienne et en Asie du Sud où ils pratiquent des systèmes mixtes pluviaux. Les trois quarts des éleveurs opérant dans des systèmes fondés sur les prairies vivent dans l’extrême pauvreté, une proportion plus élevée que dans tous les autres systèmes de production animale ainsi la contribution de la production animale au revenu des ménages est plus élevée dans les systèmes mixtes irrigués que dans les systèmes pluviaux. *Extrême pauvreté en 2026 : 810 millions d’êtres humains vivent avec moins de 3 dollars par jour

Marchés

Certains pays, notamment en Afrique et en Asie, écoulent la totalité (ou la quasi-totalité) de leur production animale sur le marché national, tandis que dans d’autres pays, les marchés nationaux n’absorbent que 60 % de la production intérieure, voire moins (Australie, Nouvelle Zélande, Uruguay).

Des études menées en Europe montrent que les signes de qualité constituent un moyen de soutenir les marchés locaux et de proximité. Les deux tiers des produits d’origine animale protégés par des indications géographiques sont enregistrés en Europe, dont 53 % au sein de l’Union européenne.

Dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les petits éleveurs vendent principalement leurs produits sur les marchés locaux, alors que les marchés nationaux et régionaux ont tendance à commercialiser les produits issus d’élevages de plus grande taille.

La vente directe du producteur au consommateur suscite un intérêt croissant dans les pays à revenu élevé, car elle offre un canal de commercialisation alternatif susceptible d’accroître la rentabilité de petites exploitations à faible revenu agricole et de répondre à la demande croissante des consommateurs pour des produits de l’élevage d’origine locale. La proximité des zones urbaines et des marchés locaux est un facteur important pour l’engagement des éleveurs dans cette activité complémentaire. Toutefois, ce sont surtout ceux qui ont la fibre commerciale et des compétences en gestion d’entreprise qui pratiquent la vente directe d’autant que les incertitudes concernant la demande des consommateurs et les fluctuations du marché peuvent également freiner de telles initiatives.

Efficacité des chaîne de production

Les coût complets de production dépendent principalement de la nature des intrants et des pertes et gaspillages du champs à l’assiette.

Concernant le coût des intrants, les systèmes fondés sur les prairies présentent un avantage par rapport aux systèmes de production intensives , dans la mesure où ils transforment en aliments pour l’homme des ressources qui, autrement, ne seraient pas consommables alors que les productions intensives consomment des produits (céréales, soja,…) dont la culture concurrence les productions directement destinées à l’Homme.

Les pertes de produits d’origine animale durant les phases de production, de manutention, de stockage et de transformation sont faibles dans les pays à revenu élevé — en particulier en Europe, en Amérique du Nord et en Océanie — alors qu’elles sont très élevées dans les pays en développement et émergents. Le gaspillage alimentaire est plus marqué à l’extrémité des chaînes d’approvisionnement alimentaire.

Les pertes survenant aux stades de la production et de la transformation sont plus faibles dans l’élevage que dans la production végétale. Cependant, les pertes alimentaires au stade de la production animale sont particulièrement importantes en Afrique subsaharienne, principalement en raison d’une forte mortalité animale causée par des maladies. Dans les pays en développement et émergents, les pertes sont nettement plus élevées pour la viande que pour les produits laitiers, ce qui n’est pas le cas dans les pays développés.

Investissements

La croissance de la demande des aliments d’origine animale a entraîné une hausse des investissements publics et privés dans le secteur de l’élevage depuis 2000, tant en valeur absolue (1,5 milliard de dollars) qu’en proportion de l’investissement agricole global (10%).

Les priorités en matière d’investissement public incluent notamment la lutte contre les maladies animales, l’amélioration génétique et les infrastructures de recherche. L’investissement privé se concentre sur l’amélioration de la productivité au niveau des exploitations, en particulier dans les systèmes laitiers.

Enjeux sociaux

Droits de l’homme

Le droit à l’éducation et le droit à la santé, des éleveurs comme des agriculteurs , qui appartiennent souvent aux quintiles de richesse les plus bas, sont limités par rapport à la moyenne de la population. Dans certains cas, l’accaparement des terres et de l’eau peut aussi poser de graves problèmes.

Conditions de travail

L’élevage peut être physiquement et mentalement exigeant, mais aussi gratifiant grâce à la proximité avec les animaux. Cela dit c’est une activité intense et irrégulière soumise à des aléas météorologiques souvent pénibles. Les études menées dans les abattoirs font état de conditions de travail difficiles.

Santé et sécurité

La santé et de la sécurité des éleveurs est un axe de recherche peu documenté. Il apparaît toutefois que les systèmes d’élevage en plein air sont davantage exposés aux effets du dérèglement climatique et à la faune sauvage — facteurs favorisant l’émergence de zoonoses — alors qu’ils sont moins sujets à une amplification massive des agents pathogènes après une exposition. Quoi qu’il en soit il y a encore des gisements de progrès pour prévenir les zoonoses notamment dans les pays défavorisés. Les virus influenza (grippe aviaire) et des bactéries telles que Mycobacterium (tuberculose bovine) et Brucella (brucellose) sont des agents pathogènes le plus fréquemment transmis aux éleveurs.

Emploi

Les jeunes, les femmes et les migrants sont les plus impliqués dans des tâches d’exécution peu valorisantes et parfois répugnantes. Cela renvoie à la nécessité de favoriser l’autonomisation des jeunes et des femmes et de garantir des conditions de travail décentes pour les migrants.

Développement social des territoires ruraux

Les systèmes d’élevage fondés sur les prairies jouent un rôle structurel et fonctionnel dans la gestion sociale et naturelle des paysages, ainsi que dans la préservation des valeurs sociales, culturelles et environnementales qui y sont associées. Les consommateurs accordent souvent plus de confiance et de valeur aux produits locaux et à ceux bénéficiant d’indications géographiques qu’aux produits issus de systèmes de productions intensifs qui suscitent moult controverses

Durabilité environnementale

Utilisation des terres

L’élevage représente la majeure partie de l’utilisation des terres agricoles mondiales*, englobant à la fois les prairies (pour le pâturage ou la fauche) et les terres cultivées (pour la production d’aliments du bétail). En règle générale, minimiser l’utilisation d’aliments propres à la consommation humaine dans les rations du bétail améliore l’efficacité de l’utilisation des terres et réduit les impacts environnementaux négatifs.

La production d’aliments sur des terres arables, en particulier à la suite d’un changement d’affectation des terres, contribue largement aux émissions de (GES) et entraîne une perte de biodiversité ainsi que d’autres services écosystémiques.

* La surface totale des terres agricoles mondiales est estimée à environ 4,9 milliards d’hectares, soit près de 38 % des terres émergées de la planète

Biodiversité

Les systèmes d’élevage influencent considérablement la biodiversité. Les systèmes d’élevage fortement dépendants d’intrants externes nuisent souvent à la biodiversité en raison d’une consommation élevée de ressources et de pratiques telles que la monoculture et l’homogénéisation génétique des cheptels. Réciproquement les systèmes extensifs peu dépendants d’intrants externes peuvent favoriser la biodiversité .

Les systèmes d’élevage affectent les écosystèmes aquatiques par le rejet de déjections animales et par la production de farine de poisson destinée à l’alimentation du bétail. Les pratiques de gestion du bétail influencent les microbiomes du sol, des animaux et des humains.

Eau

Les systèmes d’élevage intensifs fortement dépendants d’intrants externes reposent principalement sur des aliments concentrés à partir de produits de cultures irrigués. Ils présentent également des risques de pollution de l’eau liés aux eaux usées, bien que les économies d’échelle propres à ces systèmes puissent permettre une mise en œuvre efficace du traitement des eaux usées.

Le surpâturage peut entraîner une érosion des sols, favorisant potentiellement le ruissellement de nutriments et de produits agrochimiques vers les cours d’eau et les plans d’eau.

Le prélèvement indirect d’eau pour la production d’aliments destinés au bétail représente la majeure partie de la demande totale en eau.

Air et atmosphère

Les systèmes d’élevage sont à l’origine de 12 % des émissions anthropiques de GES, lesquelles se répartissent entre le méthane (54 % des émissions anthropiques), le dioxyde de carbone (31 %) et le protoxyde d’azote (15 %). Les bovins y contribuent de manière significative (représentant 60 % du total des émissions du secteur de l’élevage), principalement en raison des émissions de méthane de leur digestion, tandis que les espèces monogastriques contribuent surtout aux émissions de dioxyde de carbone et de protoxyde d’azote. L’agriculture est responsable de 85 % des émissions d’ammoniac/nitrates, dont la moitié provient de la gestion des déjections animales et l’autre moitié des engrais minéraux.

Enjeux de santé publique

Les systèmes de production animale impliquent des interactions complexes entre les humains, les animaux et l’environnement qui dépendent d’une multitude de variables. On rappellera ici les dangers de l’utilisation abusive d’antibiotiques qui favorise l’antibiorésistance de bactéries pathogènes mortelles pour l’Homme et les animaux.

Conclusion

Le secteur de l’élevage doit relever une série de défis pour contribuer raisonnablement à la sécurité alimentaire et à la santé humaine en préservant la planète. Outre les enjeux environnementaux (émissions de gaz à effet de serre, déforestation, …), la gestion des animaux (productivité, bien-être animal) et de leur santé (résistance aux antimicrobiens), ainsi que des défis économiques (lutte contre la pauvreté) et sociaux (équité) doivent également être pris en compte pour que l’évolution des productions animales ne laissent personne de côté.

Principales références

  • Contribution of the livestock sector to food security and sustainable agrifood systems, FAO (2026)
  • Perspectives agricoles 2026-2035, OCDE (2026)

Du même auteur :Alimentation : quelle place pour les produits d’origine animale ?

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1 thought on “Productions animales au service de la sécurité alimentaire mondiale : avantages et contraintes.”

  1. Ne serait-il pas important de distinguer ce qui est “viande” (incluant abats, saucisses, pâtés…) impliquant la mort de l’animal de ce qui est “production”, lait, beurre, fromage, voire laine ou transport? On parle de “pollution”, mais ni d’engrais, ni de contribution à la lutte contre les incendies, ou à la gestion de l’eau, de la montagne, du désert…

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